par Frédéric Hutman

Le 25 août prochain, salle Pleyel, à Paris, se tiendra le premier concert de la saison 2008/2009.
Un concert placé sous la direction d’un des plus importants pianistes-chefs d’orchestre de notre époque, Daniel Barenboïm, dont il est inutile de rappeler l’immense talent dans ces colonnes.

Là où le bât blesse un peu, c’est que Monsieur Barenboïm ne se contente pas d’être l’admirable musicien qu’il est. Depuis quelques années, atteint peut-être de ce qu’on pourrait appeler le syndrome Yehudi Menuhin, il se fait donneur de leçons perpétuelles et cruelles à l’égard d’un des plus petits pays du monde. Pourquoi évoquer un tel syndrome ? J’y reviendrai. TEXTE PROTEGE

Ce concert du 25 août prochain, il le donnera à la tête de « son » orchestre, le West Eastern Divan Orchestra. Un orchestre créé à son initiative et celle de son ami Edward Said. Pour mémoire, ce distingué professeur, qui a vécu principalement et confortablement aux États-Unis, a toujours prôné un État binational, en Israël, c’est à dire rien moins, évidemment, que la disparition de l’État juif.

L’orchestre de Barenboïm est officiellement un instrument de paix, s’agissant d’un ensemble composé de musiciens arabes et israéliens, dont un musicien palestinien aux dernières nouvelles, sur environ une centaine. Mais en réalité, il ne sert que de faire-valoir au chef d’orchestre, et n’est qu’un moyen, à chacune de ses prestations, de « dénoncer la politique épouvantable du gouvernement israélien » (le mot « politique » n’étant, le lecteur l’aura compris depuis longtemps, que le faux nez de la nature ontologique du pays lui-même, celui-ci étant l’éternel coupable, quelle que soit la politique du gouvernement en place).
REPRODUCTION INTERDITE SANS AUTORISATION
Pour l’anecdote, extra-musicale, les meilleures places pour le concert du 25 août prochain sont proposées à 130,00
euros, soit les prix les plus élevés pour écouter à Paris les meilleures phalanges américaines ou allemandes (…) Pour mémoire, les places pour le concert de l’orchestre philharmonique d’Israël, en septembre 2007, au Théâtre des Champs-Élysées, étaient d’un montant bien inférieur. Cela contribue à donner un aperçu du côté mondain de l’événement. Écouter un orchestre de quatrième ordre – car c’est bien de cela qu’il s’agit, à en juger par ses prestations télévisées, largement médiatisées par ARTE – au prix du Philharmonique de Chicago n’est pas courant. Et nul doute que les rangs du public seront chics et mondains. PROTEGE

Pour nous convaincre définitivement du caractère de la démarche de Daniel Barenboïm, le programme sera consacré au premier acte de la Walkyrie, de Richard Wagner. PROTEGE

Le message de ce concert est évident : Ceux qui, en Israël, refusent de jouer du Wagner sont des arriérés, qui, au nom de la Shoah, nous empêchent d’écouter la musique d’un génie. Et Daniel Barenboïm, musicien éclairé, nous le prouve. COPIE INTERDITE

Je n’ai rien contre la musique de Wagner – un des plus grands compositeurs de tous les temps, évidemment – mais il n’est pas totalement absurde de penser que des gens peuvent être choqués à l’idée que ce génial antisémite puisse être donné en concert en Israël. Interviewé récemment sur ce sujet, le violoniste Shlomo Mintz disait adorer Wagner, mais qu’il n’en dirigerait aucune œuvre en Israël tant qu’y vivrait un survivant de la Seconde guerre mondiale, de peur de blesser. Barenboïm, ignorant peut-être qu’il existe d’autres grands compositeurs d’opéra, a toujours tenté, et y est parvenu, de le jouer en Israël. REPRODUCTION SOUMISE A AUTORISATION

Il est sans doute petit-bourgeois de suggérer qu’aujourd’hui, grâce au disque, à la radio, à la télévision, on peut écouter à loisir du Wagner dans quelque pays qu’on soit. PROTEGE

Quoiqu’il en soit, je parlais au début de cet article du syndrome Yehudi Menuhin. Le grand violoniste, dans les années quatre-vingt, évoluant lui aussi sur la pente d’une déligitimation constante d’Israël, n’a pas craint de soutenir officiellement Roger Garaudy, dans les procès dont celui-ci a fait l’objet en raison de son négationnisme. Quand les bornes sont dépassées, il n’y a plus de limite, disait-on dans un film français des années soixante.

Barenboïm n’en est pas là. Mais il est permis d’être irrité par la pose et la suffisance d’un grand musicien, qui use et abuse de sa notoriété pour hurler avec des millions de loups contre l’État juif.REPRODUCTION SOUMISE A AUTORISATION

On s’amusera, tout de même, pour finir, en constatant que Daniel Barenboïm, démoli systématiquement par la critique française et particulièrement le journal Le Monde quand il était durant quinze ans à la tête de l’Orchestre de Paris, est aujourd’hui célébré par les mêmes, qui hier encore le vilipendaient. REPRODUCTION SOUMISE A AUTORISATION

Sans doute, uniquement parce que le jeu de ce grand musicien a mûri, depuis son départ de Paris, et non du fait de ses opinions à l’égard d’Israël ! Que l’on peut être bête et soupçonneux !

Frédéric Hutman


(ce texte est paru dans le n°580 du Journal de l'Association des Médecins Israélites de France (A.M.I.F.), juin 2008, sous le titre "Le syndrome Yehudi Menuhin")



Frédéric Hutman est avocat au Barreau de Paris et critique musical.
 

(Avec l'aimable autorisation de Bruno Halioua)

© 2008 - A.M.I.F. / http://www.amif.com/journal/JAMIF_580.pdf


 


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C’est sur le plateau de Langres, il y a quelques années, que j’ai rencontré pour la première fois la scutigère véloce, ou mille-pattes des maisons. Ce soir-là, dans la belle et spacieuse chambre que des amis avaient mis à ma disposition, un des murs s'ornait d’un magnifique spécimen.

Je me suis fait cette réflexion qu’à la place d’une broche en or, une scutigère de belle taille ornerait tout aussi joliment le revers d’un tailleur. Qu’en dites-vous, mesdames ?

Par la suite, j’ai eu l’honneur de cohabiter à mon tour avec cette étrange bébête. Il est vrai que ma maison était assez grande pour éviter toute promiscuité gênante.

Un soir, le hasard a voulu que je sois dans ma cuisine au moment où une Scutigera coleoptrata entreprenait de se dégourdir les pattes. Voir un tel animal émerger de l’orifice de trop-plein de son évier, je reconnais que cela vaut les meilleures scènes des films d’horreur.

Considérée comme un prédateur utile, la scutigère participe à l’élimination des insectes. Il est donc avantageux de tolérer sa présence et de la laisser chasser en paix plutôt que de la tuer. On trouve rarement cet arthropode en grand nombre dans une maison. De plus, Scutigera coleoptrata ne transmet pas de maladie aux humains ni aux animaux et elle ne cause aucun dommage matériel. – Insectarium de Montréal

Ajoutons que la scutigère est censée ne mordre qu’en dernier recours, si elle est agressée. Il semble cependant que l’expérience personnelle de certains blogueurs soit en contradiction avec les commentaires des entomologistes : maisons envahies, contacts trop rapprochés (et à l’improviste), morsures non méritées (produisant un effet équivalent à celui d’une piqûre de guêpe).
Pour ma part, cette cohabitation ne m’a jamais posé de problème.

Un autre soir, j’ai eu une chance inouïe : un superbe spécimen prenait un bain de soleil dans mon évier en émail blanc. J’ai couru chercher mon Minolta 24x36 reflex, sur lequel j’ai monté une bague macro et un zoom 35-70. « Scuty » a gentiment posé pour moi, tout en astiquant nonchalamment ses antennes l’une après l'autre.

Je n’ai eu aucun besoin de toucher ni de manipuler mon sujet. Cela aurait d’ailleurs été contraire à mon éthique (je veux parler, bien entendu, de l’éthique que tout photographe de nus se doit de s’imposer).

En attendant d’aller faire numériser mes clichés, je me suis résolu à user d’un procédé peu orthodoxe. J’ai pris mon appareil numérique compact et j’ai photographié mes tirages papier (ensuite, quelques retouches ont bien sûr été nécessaires) : barbare, non ?






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Sur le site du Figaro, Alexandre Adler consacre sa chronique du 26 juillet aux remous qui ont suivi le renvoi de Siné du journal Charlie Hebdo, suite à des propos antisémites. Il termine en comparant implicitement l’affaire Siné à l’affaire Dreyfus :

Aujourd'hui, on voit en tout cas qui a la trempe d'un Zola, d'un général Picard : c'est Philippe Val. Et qui a la bassesse de Drumont, de Maurras ou de Bernanos : ce sont les pétitionnaires semi-trotskistes en faveur de l'éternel stalinien Siné.

Je commencerai par rappeler que le « général Picard » dont parle Alexandre Adler s’appelait Georges Picquart, et qu’au moment des événements auxquels Adler  fait allusion, Picquart avait le grade de lieutenant-colonel. On ne compte plus, dans la presse, les bourdes de ce genre – sans parler de certains internautes qui semblent croire que c’est à un loueur de voitures que l’affaire Dreyfus inspira la création du mouvement sioniste. Néanmoins, qu’un homme connu comme historien confonde un des plus célèbres personnages de l’affaire Dreyfus avec une marque de surgelés, voilà qui me laisse perplexe.

Par ailleurs, je ne crois pas qu’un rapprochement entre l’affaire Siné et l’affaire Dreyfus soit approprié. L’affaire Dreyfus est née d’un complot destiné à faire condamner un innocent parce qu’il était juif. Siné est ignoble, mais à ma connaissance, il n’a jamais comploté contre personne.

Comparer Philippe Val à l’homme qui, le premier, dénonça le complot visant à faire condamner Dreyfus, cela peut éventuellement se justifier : non pas parce qu’il a viré s’est enfin débarrassé de Siné, mais parce qu’il a le courage, depuis des années, seul contre toute sa famille politique, de dénoncer un certain nombre des accusations portées contre l’État juif, aussi odieuses et aussi lourdes de conséquences que celles portées jadis contre Dreyfus et contre les Juifs de France. Avec tout de même une différence en termes de risques encourus. 

Si l’on cherche l’équivalent, à notre époque, du complot antisémite contre le capitaine Dreyfus, c’est plutôt du côté de l’affaire Al-Dura qu’il convient de se tourner. L’affaire Al-Dura, c’est bel et bien un complot contre des Juifs mensongèrement accusés d’un crime qu’ils n’ont pas commis (voir ici).

Il est intéressant de noter que Claude Askolovitch, le journaliste qui s’est empressé de dénoncer Siné, fait partie des signataires d’une douteuse pétition de soutien très corporatiste à Charles Enderlin. Il est sans doute un peu plus risqué de s’en prendre à Enderlin qu’à Siné, même (et surtout) si l’on est soi-même de la profession corporation.

N’est pas Picquart ni Zola qui veut.




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