Supposons que, lors d’un dîner familial, vous remettiez en question la version officielle d’un événement : l’étrange « suicide » d’un homme politique, le crash d’un avion considéré comme le fleuron d’une industrie nationale, un « accident » de voiture dans un souterrain… ou bien, par exemple, « l’accident » d’avion ayant coûté la vie à Michel Baroin en Afrique, en 1987.
Attendez-vous alors à ce qu’un de vos auditeurs réfute sèchement vos propos. Il affirmera par exemple qu’il connaît l’Afrique, et qu’il est notoire que les petites liaisons aériennes y sont peu sûres ; mais surtout, il invoquera une « théorie du complot ».
Tout est dit. « Théorie du complot » : l’étiquette bien commode pour discréditer immédiatement toute argumentation.
Dans l’article que Wikipédia consacre à ce terme, le caractère péjoratif est affirmé d’emblée. Le « complot juif » est évoqué dès les premières lignes, illustré par une affiche tristement célèbre. Citons à ce propos un ami internaute :
Combien de fois nous a-t-on accusés de faire partie d'une organisation juive mondiale qui contrôlerait le monde ? Pendant un temps, j'y ai cru. Et à chacun, je demandais s'il avait connaissance de la date et du lieu de la prochaine réunion (...) afin que j'y participe, n'ayant pas reçu de convocation. Je voulais, moi aussi, contrôler le monde. Malheureusement, c'est tellement secret que jamais personne n'a pu me répondre. Du coup, je me demande si c'est vrai... (« Clovis », posté sur « le Blognadel » le 11 avril 2007)
Au passage, une remarque concernant les Protocoles des Sages de Sion : ce sinistre document qui alimente depuis un siècle la théorie du complot juif n’en est pas l'énoncé, il est lui-même l’outil d’un complot bien réel : un complot contre ceux que l’on accuse de comploter !
Si je me réfère à l’acception courante du terme, la thèse du film « JFK » d’Oliver Stone, relative à l’assassinat du président Kennedy, est une théorie du complot ; de même, l’ouvrage « La société du spectacle » et son complément plus tardif, les « Commentaires sur la société du spectacle » dans lequel Guy Debord évoque les « propriétaires du monde ». Contrairement à la théorie du complot juif qui envisage un projet démesuré impliquant une population dispersée et constituée de millions d’hommes, de femmes et d’enfants, les théories dont je veux parler ici identifient une convergence d’intérêts plausible au sein d’un ensemble limité d’individus détenant des positions particulières dans la société : elles ne sont donc pas a priori absurdes.
Une théorie n’est pas fausse par définition, et personne ne songerait à prétendre qu’aucun complot n’a jamais existé dans l’Histoire. C’est pourquoi il peut être parfaitement légitime d’accorder du crédit à certaines théories du complot. Au fait, quelles sont donc les motivations réelles de ces contradicteurs peu propices au débat, qui prétendent voir des théories du complot un peu partout et des complots un peu nulle part ? Partageraient-ils les intérêts de ceux qui ont quelque chose à cacher ? Ne manifestent-ils pas plutôt le besoin d’avoir le dessus dans la discussion ? Ou bien, peut-on croire qu’ils expriment sincèrement leur propre conviction ?
Accordons-leur le bénéfice du doute. Dans cette dernière hypothèse, ils ont une théorie, selon laquelle ce que vous exprimez n’est qu’une théorie du complot. Leur théorie, c’est donc la théorie de la théorie du complot. Or, on l’aura compris, concernant les tenants de la théorie de la théorie du complot, j’ai ma théorie : une théorie de la théorie de la théorie du complot. Ceux qui mettront en doute la validité de mon raisonnement devront admettre que, ce faisant, ils formulent eux-mêmes… une théorie de la théorie de la théorie de la théorie du complot. Je continue ?
en choisissant des sujets constituant matière à réflexion et en privilégiant l’honnêteté
intellectuelle, la rigueur de raisonnement et la concision. Je m’efforcerai également de bannir toute langue de bois. Ici, pas de « politiquement correct », pas de souci de ne pas
déplaire à tel ou tel, pas de raison d’État…