Le ridicule a encore de beaux jours devant lui, dans les hautes sphères du pouvoir... en Europe comme un peu partout dans le monde.

À Londres, par exemple, voici un nouveau cas pathologique, un certain Bill Rammell, secrétaire d’État aux Affaires (qui lui sont) Étrangères. Celui-ci vient d’émettre une protestation contre la politique de « colonisation » dans les « territoires occupés »… Ai-je besoin de préciser de quel pays il est question ? Du seul pays au monde qui colonise et qui occupe des territoires, je présume ?

Quelle originalité ! Quelle indépendance d’esprit ! Quel talent novateur ! Et surtout, quelle initiative constructive !

Si le pays concerné colonisait à proportion des accusations dont il est l’objet, je crois que son empire, à cette heure, serait déjà plus vaste que la Chine ! Que dis-je ? La Chine ? L’Asie tout entière, et plus encore !

Ce ramolli ferait mieux de s’occuper de son propre pays qui, après avoir perdu les Indes et le reste, et après avoir, au passage, mis le Proche-Orient dans un état catastrophique, est en train de devenir lui aussi un territoire occupé.

On n’est pas en reste à Rabat, le roi du Maroc, Mohammed Six, dénonçant le même jour la (re-)construction d’une « synagogue juive » (sic) à Jérusalem. Il a raison, ce monsieur Six : une synagogue à Jérusalem, passe encore, à la limite mais une synagogue juive, franchement, ça dépasse les bornes !




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Le romancier J.M.G. Le Clézio vient de se voir décerner le prix Nobel de littérature. Parler des livres qu’on n’a pas lus est à mon avis un des arts les plus respectables, mais Le Clézio, pour moi, c’est d’abord « La Guerre », un de ses premiers romans. Qu’il me pardonne, et j’espère que mes lecteurs, eux aussi, me pardonneront de ne parler ici que du seul livre que j’aie lu de cet auteur – mais j’ai une excuse, c’était il y a plus de trente ans !

D’ailleurs, faute d’avoir présentement l’ouvrage à portée de main, je citerai de mémoire.

Ma rencontre avec Le Clézio remonte en effet à la classe de troisième. Deux textes de cet auteur figuraient dans mon manuel scolaire de français. Le premier décrivait Hyperpolis, le supermarché imaginé dans « Les Géants ». Le Clézio évoquait « ces hommes pour qui les hommes sont des insectes ». Le second texte était un extrait de « La Guerre ». Dans l’un et l’autre, on retrouvait le même cri de révolte contre le monde artificiel d’aujourd’hui. Pour le gamin de treize ans que j’étais, déjà sensibilisé à la destruction de l’environnement, et pour qui le monde humain, en dehors de la famille, était généralement hostile, ce fut quasiment un choc.

Devant préparer un exposé, j’avais naturellement porté mon choix sur « La Guerre » de J.M.G. Le Clézio.

Au passage, je n’ai jamais compris l’intérêt de faire préparer et présenter un « exposé » à des collégiens sans jamais leur enseigner le moindre rudiment des méthodes de travail ni des techniques de communication permettant d’intéresser un auditoire et de faire passer des messages.

« La nuit est plus blanche que le jour, éclairée par des millions de volts. »

Dans « La Guerre », J.M.G. Le Clézio présentait une vision personnelle du monde actuel à travers le parcours initiatique d’une jeune fille. D’autres auteurs ont utilisé cette ficelle d’écrivain avec plus ou moins de talent.

« La jeune fille qui s’appelait Bea B. marchait dans une vallée creusée par des dizaines de milliers d’années d’eau et de vent, ou bien par des centaines d’heures de bulldozer. »

La guerre, expliquait Le Clézio, c’est 220 km/h, c’est Mach 2, c’est 110 mètres haie en 13’31, c’est 4 000 tours/minute…

Quand ma mère, dans son enfance, entendait les sirènes retentir, elle savait qu’il fallait se cacher. C’était la guerre. Quand je perçois les vibrations d’un Diesel dans la rue, quand retentit le vacarme des marteaux-piqueurs, d’un souffleur à feuilles ou d’un scooter trafiqué, je sais que je n’ai pas besoin de me cacher ; mais c’est à Le Clézio que je pense alors, et l’idée qui me vient à l’esprit, tout en me précipitant pour fermer mes fenêtres, c’est que, dehors, « c’est la guerre ».

La course à la performance, le bruit des machines, les gaz d’échappement, le gigantisme et l’arrogance de l’ère industrielle que Le Clézio évoquait aussi à travers une allusion au « Titanic », tout cela, c’est la guerre, et d’une certain manière, c’est la même guerre : la guerre que l’homme a déclarée à la nature, il y a longtemps déjà, mais qui s’est intensifiée de façon spectaculaire depuis quelques décennies (en 1988, Guy Debord écrivait que l’économie, désormais, était aussi en guerre contre les humains).

On pourrait ajouter que plus de 40 milliards de poulets abattus chaque année dans le monde, 60 000 porcs abattus chaque jour, c’est aussi la guerre. Tolstoï disait que tant qu’il y aura des abattoirs, il y aura des champs de bataille. Les abattoirs et les champs de bataille, ce sont deux façons de détruire le monde. Il n’est pas dit que la seconde soit de loin la pire.





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« Moi, dans ces cas-là, je suis pour la peine de mort » : combien de fois ai-je déjà entendu même des personnes instruites et recommandables sacrifier la raison à l’émotionnel et tenir ce genre de propos de comptoir ? Plus couramment, quand vous essayez d’exprimer un point de vue plus subtil, on vous invite à envisager la réaction que vous auriez si vous étiez le parent, l’enfant, le conjoint, le gendre ou le chien de la victime de l’épouvantable meurtre dont on parle.

(Dans l’énumération qui précède, il y a un intrus. L’avez-vous trouvé ? Cherchez bien…)

Les institutions qui représentent ce que l’on appelle la justice existent précisément en vertu du principe qu’on ne saurait être juge et partie, ce pourquoi un arbitrage est nécessaire. Si l’on pouvait se faire soi-même justice, la société humaine ne serait pas viable : les humains s’entretueraient jusqu’au dernier. Le rôle de l’instance d’arbitrage n’est pas de se mettre « à la place » de la victime ou de sa famille, mais plutôt de faire en sorte que chacun reste à sa place.

Je partage l’idée que certains individus, en raison de leurs crimes, de la sauvagerie et de la cruauté dont ils ont fait preuve, méritent la mort. Certains mériteraient même bien pire encore. Mais ce n’est là que la moitié du problème. Si le criminel mérite la mort, qui donc mérite de la lui donner ?

La question peut s’entendre de deux façons. Qui est assez digne et infaillible moralement, si tant est qu’on puisse considérer comme un honneur la charge de tuer ou de faire tuer quelqu’un ? Ou bien, au contraire : Qui est assez vil pour mériter de se voir attribuer une tâche aussi dégradante ?

La situation qui nous occupe n’est pas celle du criminel en liberté, que la police peut être fondée à abattre : une telle situation n’a rien à voir avec la notion de « peine ». La peine de mort, au contraire, concerne le criminel incarcéré, qu’il faudrait sortir de son cachot pour lui couper la tête (ou pour l’électrocuter, ou pour lui injecter du poison).

La peine de mort implique un coupable, un juge et un bourreau, aussi pourrait-on dire que le criminel ne représente même pas la moitié mais seulement le tiers du problème. Il y a aussi la question du juge et de sa faillibilité, et puis il y a également celle du bourreau : un individu dont le métier serait de tuer les personnes qu’on lui livre pieds et poings liés, sans même se poser de questions. Le moins qu’on puisse dire est qu’une telle attribution soulève un sérieux problème moral.

Voilà les questions sur lesquelles il convient de réfléchir, au lieu de saisir à chaque meurtre horrible l’occasion de s’exclamer « dans tel cas, je suis pour la peine de mort ». Quand elle existe, la peine de mort, par définition même, et sauf à rétablir le supplice de la roue et l’écartèlement, est réservée aux cas les plus graves. Personne n’est partisan de l’appliquer au voleur de pomme ! On n’est donc pas pour la peine de mort dans tel ou tel cas : on est pour la peine de mort (en l’occurrence, pour son rétablissement), ou bien on est contre la peine de mort.

En fin de compte, on est surtout contre : car les arguments en faveur de la peine de mort résistent bien mal à une analyse rationnelle.

 

 


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