Partager l'article ! Information sur un suicide: À quoi sert une information ? Mon propos est de montrer que l’absence d’information vaut p ...
À quoi sert une information ? Mon propos est de montrer que l’absence d’information vaut parfois mieux qu’une information
partielle ou incomplète. Je ne traiterai pas des dépêches de l’AFP ni de leurs insipides relais qui nous « informent » par exemple que l’armée israélienne a fait une incursion à Gaza ou
a détruit un bâtiment, tout en évitant soigneusement de nous expliquer pourquoi (Israël est probablement le sujet sur lequel les journalistes ont le plus tendance à délivrer des
« informations » sans queue ni tête). Je ne parlerai pas non plus de certains reportages tronqués ou truqués. Non. Je raconterai simplement ici deux anecdotes qui concernent des faits réels et incontestés.
Dans les deux cas, il est question d’un suicide. Simple association d’idées ?
Je me souviens, jeune adolescent, avoir lu un jour dans un dictionnaire Larousse, à propos du général Erwin Rommel : « Il se suicide sur
ordre d’Hitler. » En l’absence d’autre précision, la photo en tout petit format d’un visage aux traits durs surmonté d’une sinistre casquette m’avait inspiré la vision d’un nazi
assez fanatique pour se faire sauter la cervelle sous le soleil d’Afrique sur un simple coup de téléphone provenant d’un autre continent. C’est bien plus tard, en me documentant sur la Seconde
Guerre mondiale, que j’ai appris la véritable histoire du commandant de l’Afrika Korps. Revenu en Allemagne depuis longtemps déjà, il avait participé à un complot visant à assassiner Hitler.
On l’avait alors obligé à avaler du poison, sous peine que l’on s’en prendrait à sa femme et à son fils. Voilà qui n’a pas grand chose à voir avec ce que mon imagination pouvait me suggérer à
partir d’une information aussi lacunaire. Rommel n’était pas pour autant un saint, mais il est certain qu’il n’avait rien d’un fanatique.
L’autre anecdote me ramène à la fin des années quatre-vingt-dix. Lors d’un dîner, je mentionne dans la conversation le nom de Guy
Debord. On me coupe : « Tu sais qu’il s’est suicidé !? » D’après le ton employé, et sachant que le fait remonte à quelques années déjà, je comprends qu’il doit s’agir là
d’une donnée essentielle. Ignorant encore quasiment tout de la biographie de Guy Debord, je m’imagine dès lors un vieux beau, sans doute homosexuel, qui se serait contemplé chaque jour dans
une glace et n’aurait pas supporté de vieillir (une hypothèse parmi d’autres, mais c’est celle qui s’impose alors à moi). J’apprendrai plus tard que Debord était atteint d’une polynévrite, un mal
susceptible de transformer chaque instant de l’existence en un vrai supplice. Sachant la situation dans laquelle se trouvait le philosophe situationniste, on peut comprendre que, malgré le
soutien moral de sa compagne, Alice Becker-Ho, il ait préféré… créer une ultime situation. Rien à voir avec un vieux beau. Mais qu’il ait choisi sa mort, qu’est-ce que cela change au génie du
penseur de La Société du spectacle et des Commentaires ? Je vous le demande.
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POUR JÉRUSALEM JE NE RESTERAI PAS SILENCIEUX ! (Isaïe 62:1)