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16 octobre 2008 4 16 /10 /octobre /2008 13:50


Le romancier J.M.G. Le Clézio vient de se voir décerner le prix Nobel de littérature. Parler des livres qu’on n’a pas lus est à mon avis un des arts les plus respectables, mais Le Clézio, pour moi, c’est d’abord « La Guerre », un de ses premiers romans. Qu’il me pardonne, et j’espère que mes lecteurs, eux aussi, me pardonneront de ne parler ici que du seul livre que j’aie lu de cet auteur – mais j’ai une excuse, c’était il y a plus de trente ans !

nullD’ailleurs, faute d’avoir présentement l’ouvrage à portée de main, je citerai de mémoire.

Ma rencontre avec Le Clézio remonte en effet à la classe de troisième. Deux textes de cet auteur figuraient dans mon manuel scolaire de français. Le premier décrivait Hyperpolis, le supermarché imaginé dans « Les Géants ». Le Clézio évoquait « ces hommes pour qui les hommes sont des insectes ». Le second texte était un extrait de « La Guerre ». Dans l’un et l’autre, on retrouvait le même cri de révolte contre le monde artificiel d’aujourd’hui. Pour le gamin de treize ans que j’étais, déjà sensibilisé à la destruction de l’environnement, et pour qui le monde humain, en dehors de la famille, était généralement hostile, ce fut quasiment un choc.

Devant préparer un exposé, j’avais naturellement porté mon choix sur « La Guerre » de J.M.G. Le Clézio.

nullAu passage, je n’ai jamais compris l’intérêt de faire préparer et présenter un « exposé » à des collégiens sans jamais leur enseigner le moindre rudiment des méthodes de travail ni des techniques de communication permettant d’intéresser un auditoire et de faire passer des messages.

« La nuit est plus blanche que le jour, éclairée par des millions de volts. »

Dans « La Guerre », J.M.G. Le Clézio présentait une vision personnelle du monde actuel à travers le parcours initiatique d’une jeune fille. D’autres auteurs ont utilisé cette ficelle d’écrivain
avec plus ou moins de talent.

« La jeune fille qui s’appelait Bea B. marchait dans une vallée creusée par des dizaines de milliers d’années d’eau et de vent, ou bien par des centaines d’heures de bulldozer. »

La guerre, expliquait Le Clézio, c’est 220 km/h, c’est Mach 2, c’est 110 mètres haie en 13’31, c’est 4 000 tours/minute…

Quand ma mère, dans son enfance, entendait les sirènes retentir, elle savait qu’il fallait se cacher. C’était la guerre. Quand je perçois les vibrations d’un Diesel dans la rue, quand retentit le vacarme des marteaux-piqueurs, d’un souffleur à feuilles ou d’un scooter trafiqué, je sais que je n’ai pas besoin de me cacher ; mais c’est à Le Clézio que je pense alors, et l’idée qui me vient à l’esprit, tout en me précipitant pour fermer mes fenêtres, c’est que, dehors, « c’est la guerre ».

La course à la performance, le bruit des machines, les gaz d’échappement, le gigantisme et l’arrogance de l’ère industrielle que Le Clézio évoquait aussi à travers une allusion au « Titanic », tout cela, c’est la guerre, et d’une certain manière,
c’est la même guerre : la guerre que l’homme a déclarée à la nature, il y a longtemps déjà, mais qui s’est intensifiée de façon spectaculaire depuis quelques décennies (en 1988, Guy Debord écrivait que l’économie, désormais, était aussi en guerre contre les humains).

On pourrait ajouter que plus de 40 milliards de poulets abattus chaque année dans le monde, 60 000 porcs abattus chaque jour, c’est aussi la guerre. Tolstoï disait que tant qu’il y aura des abattoirs, il y aura des champs de bataille. Les abattoirs et les champs de bataille, ce sont deux façons de détruire le monde. Il n’est pas dit que la seconde soit de loin la pire.

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Published by Marcoroz - dans Drôle de société
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commentaires

amédée 21/10/2008 14:33

Marcoroz

de souvenir
le livre était-il bon ?
ME LE CONSEILLLES TU
je n'ai jamais le le clézio

Marcoroz 30/05/2009 02:28



Ce qui m'a marqué dans ce livre, c'est la vision du monde qu'il reflétait et ce rapprochement entre certains aspects de notre environnement urbain quotidien et la
notion de guerre. En dehors de cela, j'avais trouvé le style avant-gardiste de Le Clézio plutôt déroutant, pour ne pas dire plus. Et j'avais trouvé aussi le livre plutôt décousu. J'ai idée que
même aujourd'hui, je n'apprécierais pas outre mesure cette littérature. Je ne sais pas comment a évolué le style de Le Clézio depuis, et je ne sais pas non plus, Amédée, quels sont tes goûts. A
priori non, je ne saurais te conseiller ce livre.



grandpas 19/10/2008 13:37

Tant que l' on arrachera de pauvres carottes de leur terre nourriciére et de délicates tomates de leur plan, i; y aura des abattoirs et donc des guerres.

Il faudrait voir à supprimer la nature car dans celle ci pour survivre c'est pire que la guerre.

Ne faudrait il pas supprimer D.ieu car aprés tout ce dernier tue tous les hommes .

Un carnivore et fier de l' être mais c'est vrai que le poulet de batterie c'est comme les légumes sous serre , ça n' a pas de goût.

Mais que dois faire ce jour, à la mémoire!

Marcoroz 21/10/2008 14:55



Grandpas, puisque visiblement tu ne sais pas faire la différence entre les légumes et les animaux, pourquoi ne manges-tu pas plutôt des légumes ?



Esther 19/10/2008 09:46

Quelle memoire Marcoroz! 30 ans apres se souvenir d'un bouquin alors que parfois je ne me souviens pas que je dois acheter un litre de lait qui manque depuis 2 jours a la maison , j'en suis baba- ( pas cool)
Ceci dit, je pense qu'il existe une memoire d'enfants et petits enfants d'enfants de la shoa ou dont les parents et grand-parents ont subi un traumatisme telle une guerre, tortures etc... Cette memoire helas est transmissible et de nombreux psy specialistes du probleme telle Nathalie Zajde dans ces ecrits: Enfants de survivants ou Guerir de la shoah ( editions Odile Jacob)le demontrent- Il semblerait donc mon cher Marcoroz que la memoire de ce livre soit liee a un traumatisme transmis par la memoire/histoire de tes propres parents- ...en me precipitant pour fermer les fenetres c'est que dehors, c'est la guerre.. ecris tu.. beaucoup de souffrances, de souvenirs qui ne sont pas les tiens mais que tu vis et vehiculent dans ta vie quotidienne, meme si tu en es inconscient!
a l'etude de cette memoire, de ta memoire, finalement, je me rejouis de ne pas en avoir!

Marcoroz 21/10/2008 15:01



Je me rends compte chaque jour davantage à quel point chacun de nous est avant tout le produit de ses parents, de leur histoire et des drames familiaux de l'enfance. Sans doute ma sensibilité
particulière n'est-elle pas sans rapport avec l'histoire de ma famille et avec ce que mes parents m'ont transmis parfois malgré eux, autrement que par les mots. Mais je pense aussi
que la violence et le bruit ne sont pas des fantasmes, pas plus que la destruction de la nature : que ce sont des réalités objectives, quelle que soit la façon dont chacun de nous les
perçoit ou les ignore, en souffre ou s'en accommode.



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