Une liste « antisioniste » aux prochaines élections européennes, c’est la résurgence sur la scène politique française et européenne, pour la première fois depuis des temps que l’on croyait révolus, d’un antisémitisme affiché et racoleur.
Impossible de ne pas penser à l’affiche électorale d’un certain Adolphe Willette, « candidat antisémite » à Paris en 1889.

Nos responsables politiques se sont apparemment posé la question de savoir s’il était possible d’interdire une telle liste. Plus qu’apparemment, ils ont conclu par la négative. C’est déjà consternant.

Il y a, bien entendu, ce refus d’admettre que le vocable « antisionisme » ne recouvre rien d’autre que la haine des Juifs et que l’emploi de ce terme ne sert qu’à contourner les dispositions juridiques censées en interdire l’expression.

Observons l’affiche électorale de cette liste nauséabonde. Il ne peut échapper à personne que le personnage de gauche, avec sa barbe et son chapeau noir, est censé être un rabbin. Au premier abord, on peut penser que le triste sire qui dirige cette liste, un certain M’Bala (bis), y a placé un Juif, et qui plus est un rabbin, pour qu’on ne puisse pas dire que cette liste est antisémite ni que le judaïsme est visé.

Ce « rabbin », est le seul des quatre personnages à ne pas avoir son nom inscrit sur l’affiche. Quatre hommes sur la photo, trois noms seulement en légende. En d’autres termes, le « Juif » subit un traitement particulier, un traitement qui lui est réservé.

L’antisémitisme, c’est très exactement cela : réserver au Juif un traitement particulier. A qui chercherait encore une preuve d’antisémitisme, en voici une belle.

En ce qui me concerne, je doute que, dans la conception de cette affiche, l’on ait simplement voulu inclure un « rabbin » qui se proclame « antisioniste » pour signifier qu’on est « antisioniste et pas antisémite ». Observons bien la photo : l’homme sans nom est tout de même en retrait par rapport aux trois autres personnes.

Une autre interprétation peut donc être envisagée. Nous avons au premier plan trois candidats dont le programme est présenté comme la lutte contre un ennemi. Et cet ennemi, c’est le personnage situé pour ainsi dire à l’arrière-plan.

En 1889, M. Willette avait écrit sur son affiche : « (…) Il n’est pas question de religion, le Juif est d’une race différente et ennemie de la nôtre. Le judaïsme, voilà l’ennemi ! »

Ici, c’est le « sionisme » qui est censé être l’ennemi.

Ici non plus, « il n’est pas question de religion. »

Vraiment ?

Mais, au fond, qu’importe ? Vraiment, quelle différence ? 

Il s’agit d’une affiche officielle, qui figurera devant tous les bureaux de vote. Ce qui signifie, bien entendu, qu’elle est agréée par les autorités gouvernementales. Cela se passe en France, en 2009.




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