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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 18:28


Je dois les deux anecdotes qui suivent à Claude Abromont, avec qui j’ai étudié l’analyse musicale. La première lui avait été racontée par son professeur Max Deutsch, lui-même ancien élève du célèbre maître viennois.


Un jour, Arnold Schönberg, de mauvaise humeur, harangue ses élèves :

« Vous ne comprenez rien à ma musique ! »

Un silence pendant lequel personne, dans la salle de cours, n’ose broncher, puis :

« Vous n’avez rien compris ! »

Silence des élèves, toujours.

« Le troisième mouvement de ma suite est une fugue ! »

Silence de stupeur dans la salle.


La deuxième anecdote porte sur des faits dont Max Deutsch n’a sans doute pas été le témoin direct, et Claude Abromont non plus, d’où quelques distorsions qui ne la rendent que plus cocasse.

nullRéfugié aux États-Unis, Schönberg, grâce à un ami désireux de l’aider à trouver une source de revenu, rencontre un des grands producteurs de la MGM. Il m’avait semblé comprendre qu’il s’agissait de Samuel Goldwyn lui-même, qui l’aurait accueilli par ces mots : « Ah, Monsieur Schönberg, j’aime la belle musique que vous écrivez ! » Schönberg, contrarié, aurait répliqué : « Je n’écris pas de la belle musique ! » L’entretien se serait terminé là, Schönberg tournant les talons aussi sec pour quitter la pièce sans un mot de plus et renonçant définitivement à composer pour Hollywood.

Cette façon de raconter l’histoire est savoureuse, mais je crois qu’il y a quelques inexactitudes. D’abord, l’ami en question était plutôt une amie, Salka Viertel. Ensuite, le producteur n’était pas Samuel Goldwyn, mais Irving Thalberg. En troisième lieu, il semble que ce soit Thalberg qui, ayant aimé La Nuit transfigurée, ait demandé à rencontrer Schönberg. Thalberg voulait une musique pour le film The Good Earth, d’après Pearl Buck. Au moment où il lui dit « J’ai été si ému par votre belle musique ! », Schönberg l’interrompt : « Je n’écris pas de la belle musique ! » À noter aussi que Thalberg aurait dit non pas « beautiful », mais « lovely ». Enfin, l’entretien, en réalité, ne s’est pas terminé là (pour en savoir plus, on lira ce qu’en rapportent Alex Ross, Otto Friedrich et X. Trapnel).

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commentaires

AppAS 06/12/2009 18:06


Xptdr.

Je prends note et ne manquerai pas de recycler ça en ligne.


AppAS 02/12/2009 01:50


Une fugue ne peut être l'élément d'une suite ? Merci de m'éclairer, Marcoroz (afin que je goûte l'anecdote).


Marcoroz 03/12/2009 09:06



Une fugue dans une suite, c'est possible, Appas, le témoignage suivant
le confirme :
13 janv. 2008 - 3/3
ont trouvé cet avis utileJ'ai retenu un logement à
l'hôtel Goethe 87 en m'appuyant sur les critiques élogieuses que j'ai trouvées ici dans TripAdvisor et je n'ai pas été déçue ! Mon mari et moi avons passé
3 jours de fugue dans une suite ni trop grande ni trop petite. Nous avons trouvé l'emplacement pratique et calme. L'hôtel lui-même est propre et décoré avec... suite
http://www.tripadvisor.fr/Hotel_Review-g187323-d490876-Reviews-Apartmenthaus_Goeth87-Berlin.html

Cette dame et son mari ont bien fait une fugue dans une suite, mais finalement, dans cet exemple, c'est plutôt la suite qui est un élément de la fugue, et non
l'inverse. Paradoxal, non ?  



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