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Dans le métro parisien, il m’arrive souvent de me sentir une âme de sportif. Pressé, impatient, ou éprouvant simplement le besoin de bouger, je me rue dans les escaliers, je cours dans les couloirs, je choisis mon wagon au dernier moment (le moins rempli), quitte à m’y précipiter quand le signal commence à retentir...
Mais souvent, à ce stade (si je puis dire), ma course n’est pas terminée : une mauvaise odeur, un quêteur qui m’horripile, un manouche qui me casse les oreilles avec son accordéon ou que sais-je encore, et je n’ai qu’une attente, l’arrivée à la station suivante pour pouvoir changer de voiture. Parfois, l’humeur du moment me porte aussi à me faire mon petit cinéma dans ma tête et je m’imagine paria. Comme on va le voir, cela doit probablement se percevoir.
C’est ainsi qu’il y a une quinzaine d’années, comme je venais de faire irruption dans un wagon, quelque peu essoufflé et surtout, arborant une mine peu sereine, j’en fus pour mes frais.
La rame
venait de démarrer. Au moment de recevoir ce choc, avais-je eu le temps de remarquer le trentenaire assis à l’extrémité du wagon ? Un homme d’origine antillaise ou africaine, je ne saurais
dire, mais la peau très foncée, une belle carrure, un visage bien fait, et une tenue rouge et écru si je me souviens bien, élégante, qui ajoutait au côté théâtral du personnage.
Sans le moindre geste, le regard dans ma direction mais sans me fixer ni même sembler me voir, il venait de lancer sur le ton d’une indignation vive mais maîtrisée, d’une voix remplissant tout le wagon comme elle aurait magnifiquement rempli un théâtre, et avec une diction parfaite :
« Vous êtes coupable ! »
J’étais pétrifié. Personne ne disait mot. Quelques secondes s’écoulèrent, puis retentit à nouveau, dominant le bruit du roulement, la terrible sentence :
« Vous êtes coupable ! »
Cette fois, le "c" de « coupable » était encore plus appuyé.
Un comédien qui, de façon impromptue, aurait eu la fantaisie d’exercer sa voix ? La coïncidence me semblait trop improbable. J’étais moins amusé que sidéré. Certes, il m’ignorait toujours du regard et semblait dans son propre monde. Et cependant, n’était-ce pas à moi qu’il s’adressait ? Pouvait-il en être autrement ?
Un petit moment s’écoula. Avait-il terminé ? Non. Le visage toujours impassible, il tonna encore :
« Je vous plains ! »
Une pause, puis à nouveau, toujours sur le même ton :
« Je vous plains ! »
Je n’en menais pas large.
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