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La censure par l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) d’une affiche contre l’abattage rituel fait actuellement l’objet d’une polémique bien curieuse.

Il s’agit d’une campagne à laquelle participent huit associations de protection des animaux. Cette campagne pose effectivement un problème, aussi bien en raison du procédé qu’elle utilise que de la confusion des genres qui la caractérise.

 

L’image d’un enfant pour défendre une cause 

Le procédé qui consiste à émouvoir le public en faisant intervenir hors de propos l’image d’un enfant pour défendre une cause est tristement connu. Un exemple particulièrement condamnable est celui de la vieille accusation de crime rituel dirigée contre les Juifs au Moyen-âge en Europe, mais aussi au XIXe siècle dans le monde arabe et à nouveau en Europe et dans le monde entier depuis une dizaine d’années avec l’affaire Al-Dura.

abattagerituelhalalcashLa campagne que je dénonce ici n’a certes pas de rapport* avec ce genre de menée criminelle, mais elle joue sur le même ressort : apitoyer le public sur le sort d’un enfant comme moyen détourné d’obtenir son adhésion à une cause. Dans la mesure où les promoteurs de cette campagne sont censés défendre la cause des animaux et non pas celle des enfants (sans parler de lutter contre l’islamisation de la société), le moins qu’on puisse dire est que le procédé est extrêmement douteux.

 

Imposer à un enfant, qu’est-ce à dire ?

L’idée qu’on « imposerait » à des enfants une nourriture halal ou cachère (cette orthographe est plus légitime que « casher » car nous sommes en France) est absurde. L’enfant ne choisit pas lui-même sa nourriture, ni à la maison ni dans un contexte collectif comme la cantine. Il mange ce que ses parents ou la cantine lui donnent, le choix est fait pour lui. En général, il ne choisit pas non plus la marque de ses couches ni de ses sous-vêtements. Pour le vacciner, on ne lui demande pas non plus son avis. 

A fortiori, l’enfant n’a pas la maîtrise des processus par lesquels la viande arrive dans son assiette. D’ailleurs  tout indique que si l’occasion leur était donnée de découvrir ces processus, la plupart des enfants refuseraient dorénavant d’en manger. Je ne parle pas de la viande halal, mais de la viande en général.

Il est exact que de plus en plus de cantines scolaires servent de la viande halal, mais la viande cachère n’est servie nulle part ailleurs que dans les écoles juives. Certaines parties des animaux abattus selon le rite judaïque se retrouvent sur le marché traditionnel de la viande (dont elles représentent une part négligeable), mais parler de « casher » n’est pas approprié : cette viande ne sort de la filière cachère que parce qu’elle ne l’est pas.

Par ailleurs, dire qu’on « impose » à des enfants du halal ou du cachère, c’est un peu comme si je disais qu’au cours de mon enfance, on m’a « imposé » le calendrier chrétien et des fêtes qui ne correspondaient pas à ma religion.

 

Ce qui est condamnable

09-09-12 011J’ai surtout souvenir que, dans mon enfance, on m’ « imposait » non seulement certaines viandes que je n’aimais pas, mais aussi le concombre et la betterave, alors que je ne supportais ni l’un ni l’autre. Bizarrement, des gens qui affirment que l’homme est omnivore ont du mal à comprendre que la variété de ce régime est précisément ce qui doit permettre à l’individu de choisir en fonction de ses propres attirances. Obliger un enfant à manger ce qu’il n’aime pas, voilà ce qui est surtout condamnable.

Dans la campagne en question, il me semble que l’idée de départ est de lutter contre une forme d’abattage réputée cruelle, celle qui consiste à égorger l’animal sans étourdissement préalable. L’étourdissement préalable se révélant incompatible avec les prescriptions du judaïsme et de l’islam, les associations de protection des animaux sont amenées à demander l’interdiction des abattages rituels. Ce faisant, elles sont confrontées à deux écueils.

 

Deux écueils pour les défenseurs des animaux

D’une part, faire campagne contre l’abattage rituel parce qu’il serait particulièrement cruel revient à admettre que du point de vue de la protection des animaux, l’abattage non rituel, avec étourdissement préalable, est acceptable. Une telle campagne signifie qu’on lutte contre certaines exceptions ou certaines dérives au sein de l’industrie de la viande, plutôt que contre cette industrie même ou contre ses pratiques courantes.

Rappelons, au passage, que l’abattage rituel musulman aussi bien que l’abattage rituel juif ont été conçus pour épargner la souffrance à l’animal, en des temps où l’étourdissement préalable n’existait pas.

Or, des enquêtes menées par One Voice montrent que l’abattage non rituel est également cruel en pratique. Si l’on veut lutter contre la cruauté, il faut s’abstenir de consommer de la viande… et des laitages (selon Gary Francione, il y aurait encore plus de souffrance animale dans un verre de lait que dans 500 g de steack).

D’autre part, en adoptant une telle démarche, les défenseurs des animaux risquent de se retrouver sur le terrain du militantisme anti-religieux, et qui plus est, de viser une ou deux religions en particulier. Dès lors, ces associations ne sont plus à leur place. On se souvient de certaines déclarations pas toujours bien inspirées de Brigitte Bardot, et si j’ai tenu à lui rendre hommage dernièrement, je ne peux aujourd’hui que dénoncer cette nouvelle dérive à laquelle elle est associée.

 

Des motivations troubles 

09-26-Animaux-001b.jpgCette campagne met en évidence les motivations troubles de certains militants et de certaines associations de protection des animaux. À ce propos, il convient de distinguer les protecteurs des animaux et les promoteurs des droits de l’animal. Les premiers se soucient, en principe, du bien-être des animaux, mais ils ne remettent généralement pas en question le statut que notre société leur réserve car ils croient à la supériorité de l’espèce humaine. Au contraire, les promoteurs des droits de l’animal, ou pour faire simple les antispécistes (parmi eux, Gary Francione et des associations comme One Voice ou Sea Shepherd, et l’auteur de ces lignes), considèrent que les humains n’ont aucun droit sur les animaux. Les initiateurs de la campagne dont il est question ici, entre autres la Fondation Brigitte Bardot, appartiennent essentiellement à la première catégorie et non à la seconde.

Quant on contemple l'affiche incriminée, on se demande si cette campagne dénonce la cruauté envers les animaux ou la pénétration de l’islam dans notre société. Le moins qu’on puisse dire est qu’on mélange les genres. Il existe en ce moment une campagne contre la généralisation de la nourriture halal dans les cantines des écoles publiques et ailleurs, mais elle ne devrait pas concerner les défenseurs des animaux.

 

Une incitation à la haine

Dans un restaurant comme dans une institution publique, généraliser le halal, c’est introduire une religion. Il est donc normal que les défenseurs de la laïcité protestent. Mais pour ne pas faire trop anti-musulman on mentionne aussi le cachère.

Les promoteurs de cette campagne font de même. C’est ainsi que l’association Stéphane Lamart, par exemple, dénonce « la généralisation, en France, de l’abattage rituel (Halal et Casher) ». Or l’abattage halal et l’abattage cachère sont toujours séparés et il n’y a aucune généralisation en France de l’abattage cachère.

Et tout cela aboutit à une affiche qui est propre à attiser la haine contre les musulmans et les Juifs.

 

De qui se moque-t-on ?

Il n’est donc pas surprenant que cette campagne soit récupérée par l’extrême droite. Je me désole de constater qu’elle est récupérée également par les néoconservateurs et par les chefs de file de la défense de la laïcité et des valeurs de la République.

Faut-il le rappeler, c’est du côté de l’extrême droite mais aussi du côté des souverainistes et des néoconservateurs que se concentrent généralement les plus ardents défenseurs des traditions les plus barbares de notre société, comme la chasse – et notamment la chasse à courre – et la corrida.

Promouvoir la viande de porc, servir une « soupe au cochon », organiser ou participer à des apéros géants avec du saucisson, alors que les conditions de vie des porcs, élevés en batterie dans un enfer permanent, sont particulièrement cruelles...

...et après cela, oser dénoncer la cruauté de l’abattage rituel ?

Quel culot !

Et ce sont les mêmes qui vont s’empiffrer de foie gras à Noël !

Quelle hypocrisie !

 

* Au temps pour moi, il y a un rapport : De l'enfant Al Doura aux animaux... (Shmuel Trigano)  

 

P.S.: Pour un excellent complément à mon article, voir aussi :

 Des animaux maltraités et bien mal défendus... (Florence Bergeaud-Blackler) 

 La Fondation Brigitte Bardot est malhonnête (Mendel Samama)

 De l’enfant Al Doura aux animaux... (Shmuel Trigano)


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