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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 15:48

Ce matin, comme nous faisions notre footing, mon ami qui est biologiste a lui-même amené ce sujet (dont nous avions déjà discuté voici un an ou deux) : il y a un paradoxe dans l’expérimentation animale, me dit-il en substance (et je songe immédiatement à ce qu’il va effectivement me dire dans les secondes qui suivent), c’est que nous utilisons des animaux comme modèles parce qu’ils nous ressemblent, et (je l’aide moi-même à terminer sa phrase) nous justifions moralement cette pratique en affirmant qu’ils ne nous ressemblent pas.

– Pour toi c’est un paradoxe, lui fais-je, pour moi c’est plutôt une contradiction.

– Si ta fille était très malade…

Je connais par cœur ce genre de réplique. C’est peut-être la troisième fois que mon ami me la ressort.

Ceux qui veulent justifier l’expérimentation animale font souvent cette erreur de raisonnement, analogue à celle que font les partisans la peine de mort. Les uns et les autres confondent deux types de situation très différents, à savoir une situation d’urgence (un enfant très malade, un tueur en cavale) et une situation dans laquelle il n’y a pas de limite de temps particulière (l’espoir d’un progrès scientifique, un assassin sous les verrous).

Paysages-3588a.jpgL’expérimentation n’est pas la réponse à une situation d’urgence : si mon enfant était très malade, je mettrais en œuvre tous les moyens dont je dispose pour obtenir sa guérison. Mais ce n’est certainement pas en allant charcuter des animaux, ni en les faisant charcuter par d’autres, que j’y parviendrais (je ne développerai pas mon parallèle, un ami outre Atlantique viendrait encore me reprocher de mélanger deux sujets).

Après, il y a les progrès déjà réalisés en recourant à l’expérimentation animale. La plupart des antivivisectionnistes militants nient que l’expérimentation animale puisse permettre le moindre progrès tangible. Pour ma part, étant donné que Jonas Salk déclarait avoir sacrifié je ne sais plus combien de centaines ou de milliers de singes pour mettre au point son vaccin, je veux bien croire qu’il ne l’avait pas inventé (je parle du sacrifice). Mais peut-être aurait-il (aurait-on) pu trouver une autre méthode. Quoi qu’il en soit, ma position est qu’utiliser des animaux est immoral et donc injustifiable.

D’autre part, je considère que les éventuels bénéfices actuels des recherches passées ne sauraient justifier la poursuite des expérimentations. Ma position est claire : la fin ne justifie pas les moyens, la force ne fait pas le droit, l’habitude non plus, et les bénéfices pas davantage.

Certes, comme me dit mon ami, je profite de ces bénéfices. Par exemple, je suis vacciné contre la polio, et mon enfant également.

C’est que je n’ai pas choisi le monde dans lequel je vis. Je n’ai pas choisi de naître dans un monde dans lequel une espèce vivante détruit ou transforme tout à son propre profit et aux dépens de toutes les autres. Je n’ai pas choisi d’appartenir à cette espèce. Je ne suis pas non plus responsable de la façon dont les hommes ont pris l’habitude d’organiser leur environnement et leurs conditions de vie depuis des millénaires, pas plus que je ne suis responsable de plusieurs dizaines de milliers d’années de saccage et de destruction. Ma responsabilité, c’est de tâcher de contribuer, à mon modeste niveau, à un progrès vers un plus grand respect de la nature plutôt que vers une destruction accrue de la nature, et vers un plus grand respect des animaux (et des humains) plutôt que vers davantage encore de souffrance.

Sans cependant convenir que l’expérimentation animale est immorale, mon ami a formulé lui-même cette idée que nous la pratiquions en vertu de la loi du plus fort.

La loi du plus fort, ai-je répété. Je ne te le fais pas dire.

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Published by Marcoroz - dans Éthique et Morale
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commentaires

Fermaut Manon 22/10/2012 17:50

Oui pardon je voulais dire que la plupart des gens ne prennent pas le temps d'essayer de les comprendre et les estiment en-dessous d'eux pour cette raison.
Sinon comme exemple il y a aussi les dauphins qui sont très doués pour notre language =)

Fermaut Manon 22/10/2012 13:52

Bonjour, je trouve que tu as absolument raison, je ne sais pas trop quoi dire sur ton texte, tu expliques tout admirablement.
Peut-être ajouter juste que normalement l'organisme se défend tout seul, et donc qu'on a pas besoin de vaccins, ni des différents produits inutiles qui sont crées de nos jours...
Ce n'est pas parce que les animaux ne savent pas parler qu'ils n'ont pas de sentiments... Ils savent ressentir la douleur comme nous...
C'est juste monstrueux. L'homme est monstrueux...

Marcoroz 22/10/2012 14:06



Bonjour, et merci pour ce retour.


 


Les animaux ne savent pas parler le même langage que nous (encore qu'il ait été possible d'apprendre un langage de signes à des grands singes, et d'avoir des échanges en langage parlé avec un
perroquet, cf. les vidéos sur Irène Pepperberg et "Alex") mais ils savent parler leur propre langage, celui de leur espèce. 



sandrin 15/01/2011 09:14


ta position je la partage et elle est clairement et justement énoncée. Comment penser autrement ?


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