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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 15:00

Je me propose de rendre compte ici d’un colloque qui s’est tenu à Paris le 25 novembre 2010. Ce colloque était organisé par des membres du mouvement « Raison Garder » et de la revue Controverses.

Dans son discours d’introduction, Raphaël Drai rappelle que « Raison garder » est une réaction à la captation du concept de raison par les signataires de « Jcall », qui prétendent détenir le monopole de la raison et de la paix et délégitimer les autres conceptions. Cette prétention d’un petit groupe de Juifs prisés des médias est d’autant plus inacceptable que le peuple juif a bien trop pâti des guerres et que l’idée de paix est ancrée dans la conscience juive. Être tué ne va pas de soi. Tuer non plus.

Michaël Bar-Zvi : Pourquoi et comment l’invention d’un « camp de la paix » ?

Selon le Dr Michaël Bar-Zvi, le « camp de la paix » est une terminologie stalinienne. Comme son expression hébraïque le fait bien ressortir, c’est une contradiction dans les termes, car qui dit camp dit état de guerre. La paix se réalise entre deux camps opposés, elle ne peut pas être le fait d’un seul camp. Ce « camp » s’est d’ailleurs trouvé un ennemi intérieur, et dès lors, ce n’est plus les Juifs contre les Arabes, mais le camp de « la paix » contre les « extrémistes », lesquels sont nécessairement des deux côtés. Ce « camp de la paix » est devenu un vecteur de la délégitimation d’Israël.

Israel-109.jpgBar-Zvi se réfère à un récent colloque de Jérusalem, auquel ont participé les plus importantes personnalités israéliennes. On n’y a parlé à aucun moment de la volonté de paix des Arabes (ni des « Palestiniens »). À ce colloque de Jérusalem, les intervenants ont finalement fait preuve d’un narcissisme stupéfiant en se définissant par opposition aux « extrémistes » et en faisant valoir que leur « camp » était vu favorablement par le monde entier. Ils ont développé une conception apocalyptique, mystique, eschatologique, hégélienne et la croyance en un faux messie : « ein brera », l’inévitabilité de la paix. Selon Bar-Zvi, ils réduisent le conflit à un mûrissement, ou peut-être plutôt un pourrissement. Tous les intervenants, sauf peut-être Netanyahu, disaient qu’on n’a pas le temps et qu’on n’a pas le choix. Ces participants n’étaient pourtant pas du tout religieux.

Voilà qu’à présent, on dit « Israël-Palestine » : l’ennemi n’est plus un ennemi. N’existe-t-il pas un adversaire ? Il faudrait décider de son identité : est-ce un peuple, une nation, ou la oumma ? La définition nationale de la cause palestinienne est très récente, et elle est superfétatoire avec l’islam. Pour le « camp de la paix », l’idéal est d’avoir affaire à une nation. Face à la oumma, ces gens ne sont pas du tout armés psychologiquement, culturellement ni théologiquement. Leur état d’esprit reflète l’érosion de l’idée du sionisme dans le monde universitaire israélien et le désarroi des intellectuels après les conflits armés de 1967 et de 1973. Bar-Zvi souligne qu’il existe à ce propos un hiatus entre ces derniers et le public israélien.

Un glissement sémantique s’est produit chez ces intellectuels vers un nouveau lexique (« territoires », « conflit israélo-palestinien », « occupation », « colonies », etc.) se substituant aux notions historiques et culturelles qui sont essentielles pour un pays. Cela leur a permis de retrouver une dimension universaliste. Deux options s’offraient à eux : l’universalisation du sionisme (version humaniste, compassionnelle, s’opposant au sionisme « particulariste »…) et le post-sionisme.

Dans leur promotion d’un multiculturalisme à l’israélienne, ces intellectuels ont développé une vision humaniste en opposition avec l’État-nation, et cela représente une étape supplémentaire dans le processus de délégitimation d’Israël. Le sionisme était un activisme pour faire valoir un droit. Si l’on oublie ce droit, le champ politique du sionisme se retrouve dénué de valeur. Ce n’est plus qu’une simple lutte pour le pouvoir. Le concept de différence se substitue à celui d’identité. Or la différence est le contraire du rassemblement, du commun. Différence, échange, mélange, métissage s’opposent à l’appartenance qui implique un sacrifice.

Face à cette débâcle de la pensée, nous connaissons le prix à payer quand on est un intellectuel et quand on défend Israël. Nous essayons de reconstituer notre « droit à penser », et « penser signifie penser comme ne pensent pas les autres ».

Israel-155.jpgEmmanuel Levinas, dont Bar-Zvi a été l’élève, a fait l’objet d’une récupération par la gauche israélienne. Celle-ci manifeste une perte du sentiment de la responsabilité qu’on a de sa propre vie. Shmuel Trigano critique la pensée de Levinas, trop axée sur « l’autre » envers qui nous serions infiniment obligés. On ne doit pas être l’otage de l’autre, et « l’autre » peut très bien être coupable. Dans les avatars actuels de la pensée de Levinas, on ne parle que de « l’autre », et en même temps on se projette sur lui : par conséquent, on le nie en tant qu’autre. En outre, on se sacrifie (ne serait-ce pas une forme de nihilisme ?) et en même temps, on prétend privilégier la différence (un concept en opposition avec l’identité). La délégitimation d’Israël procède précisément de ce mode de pensée.

Une idée exprimée lors du débat : Levinas s’est identifié à la compassion que « l’autre » aurait dû avoir pour lui. Or, vis-à-vis du peuple juif, « l’autre » n’a pas de compassion : on veut extorquer aux Juifs leurs lieux, leur histoire (et leur identité) et les rejeter dans le ghetto (ou pire).

Selon Bar-Zvi, le judaïsme est trop souvent réduit aujourd’hui à n’être plus qu’un objet à transmettre, et cependant on lui refuse le véhicule de transmission. Or, le véhicule est plus important que ce qu’il transmet. Le judaïsme devient une option personnelle et non plus une communauté de destin. Bar-Zvi plaide donc pour un retour de l’exil intérieur afin d’en finir avec l’opposition terre (sionisme) contre livre (Torah). Il s’agit de préférer la réunion à la division et de promouvoir des concepts dans ce sens, celui d’alliance par exemple.

Raphaël Drai : En Israël (comme ailleurs ?), la culture juive est considérée comme ringarde

Pour Raphaël Drai, les intellectuels à la mode constituent une classe pseudo-sacerdotale alors même qu’ils sont complètement laïques : Abraham Yehoshoua, Amos Oz et David Grossman (et Shlomo Sand – lequel se déclare gêné d’écrire en hébreu car c’est une langue « colonisée ») se posent en donneurs de leçons, « comme si nous n’étions pas nous aussi des intellectuels qui écrivent, publient etc. » Nous ne voulons faire taire personne, ajoute-t-il, mais nous ne voulons pas non plus nous taire.

Le « camp de la paix » n’est finalement qu’une classe pseudo-sacerdotale narcissique et incompétente. Ses membres semblent croire qu’il n’existe qu’Israël et les Palestiniens. Il existe pourtant d’autres acteurs dans ce jeu, comme l’Iran, la Syrie, la Turquie, etc. La preuve est que le président iranien est venu à quelques km de la frontière annoncer qu’il voulait détruire Israël. Et qui pouvait penser, il y a deux jours, que la Corée du Nord allait tirer sur la Corée du Sud ? Il s’agit de promouvoir la fin des idéologies et l’avènement de la pensée. Drai cite Eliane Amado Levy-Valensi à propos de ceux pour qui « l’objectivité consiste à souscrire à la subjectivité de ses ennemis ».

La vision d’une société individualiste s’oppose au destin collectif qu’impliquent le judaïsme et le sionisme. Elle est couplée à une cécité méprisante vis-à-vis des Arabes, à comparer avec le narcissisme méprisant des boycotteurs occidentaux. Après avoir fait remarquer que l’appel au boycott n’était pas démocratique, Drai conclut, à propos de l’identité juive, en se référant au dilemme de Jacob : quand Jacob est serein, le texte dit qu’il rencontre des anges. Quand il est angoissé, il sépare son camp en deux moitiés. Or, deux moitiés ne font pas un corps entier. Il convient donc de lutter contre les tentatives actuelles de casser le corps d’Israël en deux.

Au moment du débat avec l’assistance, quelqu’un fera aussi remarquer que c’est l’État palestinien en projet qui s’est cassé en deux avant de naître, et qu’on pouvait voir un symbole édifiant dans le fait que Rabin ait été tué au moment où il signait un accord et que Sharon se soit écroulé au moment où il cédait un territoire.

Daniel Sibony : Deux idées simples concernant la paix

Pour le Dr Daniel Sibony, soit Israël parvient à couper les Palestiniens – otages de la pensée arabo-islamique – de la oumma et à faire la paix, soit il n’y aura pas la paix et ce sera leur capture par une masse qui préférera toujours faire endosser par un de ses éléments le refus d’Israël. Pour l’islam, la question est réglée puisque tous les Hébreux étaient musulmans (comme le rappelle Bat Ye’Or).

Certains peuples, quand ils sont privés de leur agressivité, deviennent… très agressifs. Sibony avait conclu un de ses livres ainsi : « Il y aura souvent la paix. »

Au colloque de Jérusalem, tous les dirigeants israéliens (Pérès, Livni, Barak, Netanyahu) ont parlé de paix, mais ils sont pragmatiques et ils sont sûrs qu’il y aura la paix (mon commentaire : dans quel autre pays du monde pourrait-on imaginer la tenue de ce genre de colloque, avec la participation des principales personnalités politiques ?). C’est une pathologie qui s’est développée en Israël et que Sibony appelle la « normose ». Les « normosés » tiennent le raisonnement suivant : « Si on revient à la norme, les problèmes seront résolus. » Ils n’admettent pas qu’il puisse exister un problème sans solution. En voyant le titre d’un de ses livres, « L’Énigme antisémite », A.B. Yehoshoua lui a dit : « Mais moi, je l’ai résolue. – Comment cela ? – Il faut normaliser Israël et les Juifs. » Ils veulent donc la paix comme un PDG ou un capitaine, comme des investisseurs. « Créer un état d’excellence ». Le peuple juif incarne peut-être ce qui manque pour faire vivre la norme ?

KotelTout lâcher pour avoir la paix ? Au moment de signer le transfert de tous les territoires, leur main peut se dessécher. Chacun fabrique le symptôme qu’il peut pour subsister. Être humain, c’est la dualité perception-mémoire. Eux se focalisent sur la perception. Au nom de cette perception qu’ils ont, ils condamnent un État, un peuple. Ce qui m’a surpris, explique Sibony, est le fait que pour eux, il existe un danger mortel, l’Iran, « mais aussi l’occupation des territoires ». Et donc, il faut d’abord donner les territoires. Leur symptôme, c’est la culpabilité : ils ne peuvent supporter l’idée d’avoir des choses qu’on puisse leur reprocher. Pour négocier, il faudrait au préalable être purs. L’idée majeure qui a manqué aux « normosés » comme aux culpabilisants, c’est l’idée de la transmission. Le peuple juif, ce sont des gens qui ont découvert « l’être », et dans cet être une trace d’amour. C’est ce qui les a distingués et ce qui a fait d’eux le peuple élu (le mot « élu » n’est pas dans la Bible) : « Il y a de l’amour pour moi quelque part » et « on va avoir beaucoup d’ennuis pour ça ».

Shmuel Trigano se demande si l’on doit parler d’une occupation, ou d’une étape d’une guerre en cours. Selon Sibony, c’est Israël qui a créé le concept de « territoires palestiniens ».

Shmuel Trigano : L’identité israélienne est-elle l’identité juive, ou est-elle en rupture avec l’identité juive ?

Trigano évoque la frénésie d’Oslo et l’idée du « village global ». Pour Shimon Pérès, le territoire ne compte plus. Les obus ont pourtant apporté un démenti à cette idée. Le discours de Pérès et des autres intervenants s’inscrit dans le post-modernisme, lequel ravage non seulement la société israélienne mais l’ensemble de la société occidentale. À croire Pérès, « Les Juifs ont gagné, les Israéliens ont perdu. » Israël est-il un État-nation juif ou l’État de tous ses citoyens ? Trigano rappelle que la France commence avec le baptême de Clovis. La dimension religieuse et identitaire est d’ailleurs omniprésente dans les États arabes. Or, de notre côté, nous refusons de l’assumer. Pendant ce temps, l’ennemi nous regarde. C’est pathétique. C’est là un problème très ancien de la psychologie juive. En 1967, le mythe de la normalisation des Juifs s’est heurté à la marque d’une identité. L’État tel qu’il a été reconnu en 1948, c’est un camp humanitaire. Un enjeu essentiel est la souveraineté, mais le côté passionnel obscurcit la réalité. Les Palestiniens veulent-ils la paix ? Jcall est une chose ahurissante : on n’y trouve aucune critique des Palestiniens, alors qu’il s’agit d’une société qui ne veut pas la paix. « Je suis pour la paix », disent les signataires. Cette moralisation abusive des enjeux (dont le renforcement de la Cour suprême israélienne est un symptôme) va faire que l’on nous attaquera encore davantage. En réalité, nous sommes nécessairement nous-mêmes des acteurs, et donc des lutteurs. Et nous devrions défendre les intérêts de nos adversaires ? Alors même qu’ils ont le monde entier derrière eux ? Cela dénote un profond mépris à leur égard.

Une guerre, deux « intifadas », etc… et cela s’appelle toujours un « processus de paix » ! Arafat a dit et répété que ce serait la destruction d’Israël par étapes, et il a fait ce qu’il a dit. Quant à la menace de l’Iran, elle est à prendre au sérieux.

Selon Raphaël Drai, en ménageant les dirigeants iraniens, Obama a précisément contribué à bloquer le « processus de paix ». Mais est-ce un mal ?

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