Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 12:08

Au temps où j’étais professeur dans des classes de BTS et un jour que je recevais un nouveau groupe d’élèves et faisais l’appel, je tombais sur ce nom : Czajkowski.

« Tchaïkovski », prononçai-je sans hésiter, et l’intéressée leva la main. Ai-je perçu une vague surprise chez cette jeune femme ? Plus que chez ses camarades ? Ou me suis-je imaginé ce que j’avais anticipé ? Mais elle ne me reprit pas sur la prononciation de son nom, et il n’y eut aucun murmure dans la salle. La Belle au bois dormant ? Mais alors, c’était tout le monde qui dormait.

Ma foi, c’était bien ce nom là, mais avec l’orthographe polonaise.

À ce propos, j’ai décidé que la prochaine fois que j’entendrai encore quelqu’un appeler le compositeur « Tchékovski », je lui demanderai : « Et Tolstoï, il fait du patin ? »

Il y a aussi la détestable tendance des médias et des cinéastes à attirer l’attention du public sur tel ou tel aspect de la vie privée d’un compositeur, comme s’il fallait s’en repaître plutôt que d’écouter sa musique. J’y reviendrai peut-être dans un billet ultérieur.

Tchaikovski.jpgMa découverte de Tchaïkovski remonte à l’âge de sept ans. À la maison, j’entendais la musique classique qu’écoutait mon père, mais c’est à l’école que j’ai commencé à m’y intéresser. Tous les mardis, l’institutrice posait son poste de radio sur son bureau et nous faisait écouter une émission pédagogique. Parmi les morceaux au programme, il y avait le plus célèbre extrait du Lac des cygnes, celui qui vous prend aux tripes comme pas possible (du moins, si vous êtes doué d’une sensibilité normale).

Mon père venait de faire installer dans sa voiture un lecteur de cassettes. C’est ainsi que je me familiarisais au même moment aux plus beaux extraits de la suite de ballet de Casse-Noisette.

Vint le jour de l’interrogation écrite. On nous fit entendre les différents morceaux qui nous avaient été présentés au cours des émissions précédentes, mais cette fois, nous devions les identifier. Je n’eus aucune peine à reconnaître la symphonie « Héroïque » de Beethoven, le « Printemps » de Vivaldi et deux ou trois morceaux d’autres compositeurs.

Je reconnus aussi sans hésitation la Valse des fleurs extraite du Casse-Noisette de Tchaïkovski, bien que ce titre n’ait jamais été mentionné par le présentateur. C’est ainsi que je perdis un point : La Valse de Ravel, telle était la bonne réponse. Prétendument, du moins. Je suis formel, ce qu’on venait de me faire entendre était bien la Valse des fleurs de Tchaïkovski. Certes, il avait effectivement été question de Ravel la fois précédente : c’est sans doute que dès le début, il y avait eu une erreur dans le programme.

Ce ne serait ni la première ni la dernière des injustices que je subirais au cours de ma scolarité, mais celle-ci faisait au moins deux victimes : moi-même, et Tchaïkovski.

Vingt ans plus tard, alors que je me préparais à quitter mon emploi chez PSA, j’eus l’occasion de m’entretenir de façon informelle et amicale avec Joël Seydoux, directeur de Socia-Sofib, la banque interne du groupe : une personnalité quelque peu atypique dans ce milieu. Notre aversion commune pour certaines choses et certaines personnes nous rapprochait. Et puis, avec lui, je pouvais même discuter de musique. Joël Seydoux me fit part de son goût pour Schönberg, par opposition à « des compositeurs qui vocifèrent » comme Tchaïkovski.

Songeant au pathos de certains passages des symphonies du maître russe, ainsi qu’au fameux extrait du Lac des cygnes, je n’eus aucune difficulté à comprendre l’idée de mon interlocuteur. Cependant, si je pouvais à la rigueur me contraindre à écouter La Nuit transfigurée, la musique dodécaphonique n’était vraiment pas ma tasse de thé et je préférais, de beaucoup, la musique russe.

« Dans la finance, je fais du Schönberg, me dit-il ; alors que vous, si je vous embauchais, vous feriez du Tchaïkovski ».

Je n’ai donc pas eu le plaisir de collaborer avec Joël Seydoux. Cela dit, sa gestion schönbergienne des finances du groupe automobile n’allait pas tarder à lui valoir quelques ennuis avec la direction, non sans conséquences pour sa carrière.

Et voilà comment on peut écrire sur un compositeur en évitant aussi bien les aspects musicologiques que les aspects biographiques. :-)

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Le Blog De Marcoroz

  • : Le blog de Marcoroz
  • Le blog de Marcoroz
  • : Un blog ... d'excellente tenue, tant sur le fond que sur la forme ... (Menahem) - Un des meilleurs blogs ... vos articles m'enchantent à chaque fois. (Pascal) - ... une belle plume, une vraie réflexion ... (Feenix) - ... rigueur, concision, et pas de langue de bois. (Spqr) - ... une œuvre de salubrité publique ... (Stella) - ... des idées et une approche intéressantes ... (Roland) - Beau, frais, lumineux comme ces rayons de soleil au matin ... (Pierre)
  • Contact

Libérez Pollard !

 Jonathan Pollard

Archives

עם ישראל חי

POUR SION JE NE ME TAIRAI PAS !
POUR JÉRUSALEM JE NE RESTERAI PAS SILENCIEUX ! (Isaïe 62:1)

Marcoroz