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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 17:54

 

Je garde un souvenir particulier d’une journée à Dijon vers la fin des années quatre-vingt-dix. Après un déjeuner somme toute bien agréable, Frédérique nous avait proposé d’assister à son cours de danse. Il s’agissait d’un type de danse assez spécial, de la danse « libre ».

 

Je n’ai jamais éprouvé une passion particulière pour le sport ni pour la danse, et regarder les autres faire des mouvements n’a jamais été mon occupation préférée ; mais enfin, tel était le programme, et je m’étais résolu à suivre le mouvement, si je puis dire, sans idée préconçue. Et puis, cela ne durerait jamais qu’une heure.

 

Nous nous sommes donc retrouvés au CREPS et nous avons attendu quelques minutes devant l’entrée de la salle, témoins de l’arrivée progressive des participants. Il me semble qu’ils étaient au moins une trentaine.

 

Annie, la professeure (quel mot vilain… j’aurais préféré « professeuse », mais malheureusement, on ne m’a pas consulté), n’a pas tardé à arriver. Elle nous a salués et nous a invités à entrer dans la salle et à nous asseoir où nous voulions. Il me semble qu’elle nous a aussi précisé que nous devions nous sentir libres de sortir à tout moment si nous le désirions. Je ne suis pas sûr qu’elle ait dit tout cela de façon littérale, car je ne crois pas qu’elle ait prononcé plus de deux phrases courtes à notre attention, mais c’est le message que j’ai reçu. Cette façon de nous mettre à l’aise était déjà remarquable. Il m’en est même resté l’impression qu’elle m’avait appelé par mon prénom. Plus précisément, c’était comme si cette femme savait qui j’étais.

 

Annie GCela m’avait-il échappé, ou ne me l’a-t-on dit qu’ensuite ? Annie n’était pas seulement le professeur de danse de Frédérique, mais aussi la mère de son concubin, donc en quelque sorte sa belle-mère ; et « Frédou » était en quelque sorte l’ex belle-sœur de celle qui était alors, en quelque sorte, ma compagne. Certes, cela peut parfois créer des liens. En quelque sorte. Certes, Frédou lui avait sans doute demandé l’autorisation de nous inviter.

 

Certes. Mais tous les « certes » et tous les « en quelque sorte » du monde ne pourraient pas expliquer ce que j’ai ressenti à ce moment : la sensation de me retrouver en présence d’un être exceptionnel, capable d’une conscience vive (et d’un profond respect) de l’individualité de chaque personne présente. Certains ont dit avoir éprouvé une telle sensation en présence du dalaï-lama.

 

Ce sentiment ne devait pas me quitter un instant pendant le cours de danse libre, alors que je contemplais cette femme étonnante, d’autant qu’elle n’était point toute jeune, qui faisait exécuter à son groupe d’élèves des mouvements étranges en les guidant au moyens de sons de ce qui me semblait être un langage quelque peu ésotérique. Alors même qu’elle dirigeait les mouvements des nombreux participants et les faisait travailler avec de petites balles bleues et vertes, et alors que je n’étais qu’un spectateur, et sans doute pas le plus attentif, il me semblait que chacun de nous continuait d’exister à chaque instant dans la conscience immédiate d’Annie.

 

Je n’ai revu Frédérique qu’un ou deux ans plus tard. Je lui ai expliqué cette impression frappante que sa « prof » et « belle-mère » m’avait laissée. Frédérique m’a alors raconté qu’Annie avait longtemps été professeur(e) d’éducation physique et sportive, et qu’elle n’avait cessé de se battre pour essayer de réformer cette discipline, pour tenter d’abolir l’esprit de compétition qui y régnait. Pendant toute sa carrière dans l’enseignement public, elle avait lutté pour l’avènement d’une éducation physique qui serait respectueuse de la personnalité de chacun, qui ne dévaloriserait plus les élèves les moins forts ou les moins sûrs d’eux, et qui ne laisserait aucun enfant en situation d’échec.

 

Mon intuition ne m’avait pas trompé. Ce n’était pas pour rien que j’avais vu en Annie Garby une femme moralement exceptionnelle, rayonnante de bonté et d’humanité.

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Published by Marcoroz - dans Éthique et Morale
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commentaires

sandrin 02/02/2012 18:45

joli portrait.

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