par Ghislain Zuccolo

Cochons payeurs : les réalités d'une filière de production moderne

photo cochonLa production porcine actuelle est constituée à 98 % d'élevages intensifs en bâtiment. Les porcs engraissés vivent parqués à vie dans des boxes étroits et à l'environnement appauvri. Les truies sont maintenues bloquées en stalles individuelles ; les cochons sont engraissés sur béton ajouré, sans litière, sans aucune activité possible, sans
possibilité de fuir une agression. Ces animaux sont contraints photo cochond'inhaler l'ammoniac qui émane de la fosse à déjections au-dessus de laquelle ils vivent. Afin de limiter les agressions qui résultent de ces conditions d'élevage, les cochons sont souvent plongés dans la pénombre. On pratique des mutilations sur les porcelets pour limiter les atteintes physiques entre animaux : on leur coupe à vif les dents et la queue.

Cochons élevés en plein air : sauvez une espèce en voie d'extinction

La flambée du prix des céréales affecte aussi dramatiquement la vie des animaux d'élevage. Pour les élevages alternatifs de cochons qui grandissent sur paille ou en plein air, ces coûts pèsent tragiquement sur une filière de production fragile.

Confrontés à la difficulté à valoriser leur production de qualité, de plus en plus de producteurs de porcs élevés en plein air cessent leur activité.

La crise alimentaire menace une filière d'élevage attentive au bien-être des animaux. Nous pouvons réagir et épargner à des milliers d'animaux une existence sordide en élevage intensif.

Si vous consommez de la viande de porc : nous vous demandons de bien vouloir redoubler de vigilance lors de vos achats. Il est urgent d'agir en choisissant de la viande de porc labellisée « agriculture biologique » ou « porc fermier élevé en liberté ou en plein air ».


Ghislain Zuccolo est Directeur de la Protection Mondiale des Animaux de Ferme (
www.pmaf.org)



NdM : Naturellement, le mieux est encore de ne pas manger de porc du tout. Les raisons de s'abstenir de consommer du porc ne manquent pas, même en dehors de toute considération religieuse. De façon plus générale, on ne peut pas valablement lutter contre la souffrance animale ni contre la dégradation de l'environnement tout en consommant de la viande.


Photos : PMAF et Fondation Brigitte Bardot




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par Alaroz 

Ramasser les feuilles mortes avec un balai ou un râteau, quelle ringardise ! Aujourd’hui, grâce au progrès, on peut utiliser une merveille de technologie : la souffleuse à feuilles (ou souffleur, ou balai mécanique), qui transforme le vulgaire balayeur en un véritable technicien de surfaces.

Finies les corvées pénibles et fastidieuses : désormais, avec le souffleur, nettoyer les pelouses et les allées
se fait en un clin d’œil, affirment les fabricants (voir le catalogue de Stihl par exemple). Comment le sait-on, demanderont les sceptiques ? Existe-t-il des études comparatives montrant une efficacité supérieure des souffleurs par rapport aux balais traditionnels ? A-t-on réalisé des tests en conditions réelles, afin de mesurer la durée requise pour nettoyer la même surface avec ces engins ultramodernes ou avec leurs ancêtres emmanchés ? Aucune, certainement (du moins à ma connaissance), mais ce serait inutile, tant il semble évident qu’un engin motorisé, lourd, bruyant, demandant de l’entretien et du carburant, est forcément supérieur à un outil simple, silencieux et sobre.

Et puis, imaginez qu’au fond de votre jardin, il y ait une ou deux feuilles mortes coincées dans un endroit inaccessible, sous les branches d’un arbuste. Comment faire pour les enlever avec un râteau ? Il serait évidemment impensable de les laisser sur place, servir d’abri à des scarabées en attendant de se décomposer naturellement... Berk, quel cauchemar ! Heureusement, avec votre souffleur 65 cm3 développant une puissance de 4 kW/ch capable de souffler 900 m3 d’air par heure, et dont vous trimballez les 10 kg sur le dos, ces maudites feuilles seront envoyées dans la stratosphère ou presque.

 Évidemment, il y a toujours des râleurs, des gêneurs, des réfractaires à la modernité, qui voudraient empêcher la marche en avant triomphante de l’Humanité.

Un peu partout, des riverains, surtout dans les zones résidentielles, se plaignent du bruit occasionné par les services de nettoyage de la voirie et des Espaces Verts, ou par les entreprises de jardinage. Un rapport (au format pdf) du service cantonal de protection contre le bruit et les rayonnements non ionisants du Canton de Genève leur donne des arguments, en signalant que d’après des études épidémiologiques, le seuil statistiquement significatif pour les atteintes de l’ouïe, ou seuil de nocivité, est largement dépassé (de 10 db(A)) par certains souffleurs.

Pour une définition des mesures du bruit, voir par exemple le site de l’INRS, où l’on apprend que le dB(A) est le décibel physiologique, mesure qui correspond le mieux à notre perception des bruits, et que 50 dB(A) est le niveau d’une conversation, 85 dB(A) est le seuil de nocivité, 120 dB(A) le seuil de douleur (il faut aussi tenir compte de la durée). On peut aussi consulter le site du Centre d’Information et de Documentation sur le Bruit.

Le rapport helvétique cité plus haut donne d’autres arguments aux Ennemis du Progrès, en évoquant les effets négatifs du bruit sur l’apprentissage des enfants : ainsi, une expérience dans une école a montré que le taux de compréhension d’une dictée diminuait de 20 % avec un bruit ambiant de 55 dB(A). On imagine alors si le jardinier était passé sous les fenêtres de la classe avec sa souffleuse !

Dans les nombreuses études et rapports consacrés au bruit, on peut trouver un grand nombre d’effets de la surconsommation de décibels sur la santé : perte d’intelligibilité, surdité, fatigue, altération du sommeil, stress, dépression, irritabilité, agressivité, augmentation de la tension artérielle, réduction des capacités cognitives...

Ces effets directs sont suivis d’effets secondaires, comme la multiplication des actes de violence (à cause de l’agressivité générée par le bruit), l’augmentation de la consommation de médicaments (anti-dépresseurs...), etc.

Tout cela ayant bien sûr un coût élevé pour la société (remboursements de la Sécurité sociale, mise en place de politiques de lutte contre le bruit...).

Mais les dégâts collatéraux des souffleurs ne se limitent pas au bruit : je me souviens être allé un samedi matin au bureau de Poste près de chez moi. Sur le chemin, j’entendais le bruit caractéristique et particulièrement horripilant d’un souffleur. Soudain, je m’arrêtai : où était passé le centre administratif ? Il avait disparu ! A la place, il y avait un énorme nuage opaque ! Finalement, entre deux volutes de cette fumée de poussières, j’aperçus une silhouette humaine, qui se révéla être un type en train de "nettoyer" le terrain de pétanque voisin.

Les poussières ont des effets plutôt négatifs sur la santé, car, comme l’explique par exemple la Fédération "ATMO" des associations agréées de surveillance de la qualité de l’air, la poussière est composée de particules qui, selon leur taille, pénètrent plus ou moins profondément dans l’arbre pulmonaire ; les plus fines peuvent, même à de faibles concentrations, irriter les voies respiratoires (avec comme conséquences les allergies, l’asthme, etc.). De plus, certaines particules ont des propriétés mutagènes et cancérigènes.

Ces petits désagréments sanitaires donnent des arguments à tous ceux qui veulent entraver la marche triomphante de l’Humanité vers la Liberté industrielle et le Progrès technologique. Déjà, des réactions ont lieu :

- aux États-Unis, au moins 20 municipalités californiennes ont interdit l’utilisation des souffleuses à feuilles ;

- à Paris, la Mairie a décidé un moratoire sur les engins trop bruyants (dont les souffleurs) ;

- dans le Canton de Genève, les souffleuses à feuilles (ainsi que les tondeuses à gazon) sont interdites de 20 h à 8 h du lundi au samedi, ainsi que les dimanches et les jours fériés. De plus, l’usage des souffleuses n’est désormais autorisé que du 1er octobre au 31 janvier, et en aucun cas sur les chemins forestiers.

Si ces réactions se généralisaient, les industriels ne resteraient certainement pas les bras croisés. Assistera-t-on prochainement à des batailles juridiques, politiques, médiatiques, avec d’un côté des plaintes contre les bruits de voisinage, des associations faisant pression sur les autorités locales (par exemple pour que les services municipaux cessent d’utiliser systématiquement les souffleurs pour le nettoyage des voiries et des espaces verts), et, de l’autre, les fabricants défendant leur part de marché, et les adeptes du progrès technique tous azimuts ?

La question philosophique sous-jacente est finalement de savoir pourquoi tous nos outils deviennent de plus en plus motorisés, de plus en plus sophistiqués : est-ce par souci d’efficacité vis-à-vis de l’utilisateur, ou pour favoriser le développement des industries et inciter à la consommation, sans se soucier de l’efficacité ni des effets sanitaires et environnementaux ?


Ce texte d'Alaroz a été publié
le 10 septembre 2005 sur http://www.agoravox.fr


© 2005 - Alaroz

 


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Depuis quelque temps, l’huile de palme s’est sournoisement insinuée dans notre alimentation. La présence de cet ingrédient est indiquée par différentes dénominations : huile de palme, huile de palmiste, graisse de palme, huiles végétales hydrogénées, graisses végétales…

Qu’elles soient hydrogénées ou non hydrogénées, les « graisses végétales » et les « huiles végétales », sauf mention contraire, sont toujours « de palme ».

Or, cette huile riche en acides gras saturés ne possède aucune vertu nutritive : d’un point de vue diététique et surtout médical, elle ne vaut pas mieux que les mauvaises graisses animales.

Par ailleurs, sa production représente une catastrophe écologique considérable.

oilpalm_deforestation_indonesia_sumatra_edwards50595_121720.jpg L’Indonésie et la Malaisie, à elles seules, sont à l’origine de plus de 80 % de la production mondiale d’huile de palme. La demande d’huile de palme a été multipliée par six depuis le milieu des années 80 (Greenpeace). Les importations d’huile de palme en Europe ont été multipliées par deux entre 2000 et 2006 (FAO). Ce nouveau marché implique un doublement des superficies de plantations en Indonésie et en Malaisie au cours de la prochaine décennie : des dizaines de millions d’hectares de forêt complètement anéantis !

En Indonésie comme en Malaisie, 87 % de la déforestation est imputable à la création de monocultures de palmiers à huile. Annoncée comme la solution aux changements climatiques, cette culture ne fait qu’aggraver la situation : pour faire de la place aux plantations de palmiers à huile, on détruit la forêt (Greenpeace). Outre ses conséquences climatiques, ce saccage entraîne la disparition de nombreuses espèces végétales et animales, entre autres les orangs-outangs dont la disparition est annoncée d’ici une douzaine d’années à peine.

deforestation_riau_indonesia_avedder_401.jpg Tout cela pour produire des aliments moins sains et des « biocarburants » tellement « bio » que cette filière fera encore plus de dégâts que celle des hydrocarbures !

J’ai beau faire mes courses dans un supermarché « bio », je suis obligé de lire attentivement les étiquettes et de renoncer à acheter la plupart des biscuits, pâtes à tartiner et margarines biologiques.

Voici une réponse reçue de la chaîne de magasins « bio » concernée :


Monsieur,

Nous vous remercions pour vos remarques, qui ne nous laissent pas indifférents.

Nous savons les ravages que crée la culture de palme, les rapports à ce sujet sont alarmants et scandaleux.

Le constat que nous faisons aujourd’hui est le suivant : De plus en plus de fournisseurs remplacent ou lancent de nouveaux produits (cosmétiques et alimentaires) dont la composition contient de l’huile de palme, matière grasse végétale. La principale raison en est le coût, un argument qui n’échappe pas à certains transformateurs !

Et le secteur bio n’est pas épargné. Une autre motivation incite les transformateurs bio à remplacer le beurre par l’huile de palme : la diététique.

Vous l’aurez bien compris, même « bio », certains consommateurs ne sont pas prêt à renoncer à leurs petites gourmandises, lesquelles doivent tout de même rester allégées !

Nous sommes dans ce cas-là victimes de notre succès, d’une offre toujours plus variée (mais pas forcément plus qualitative...) et d’une demande croissante en ce qui concerne les nouveautés. Nous souhaitons tout de même rester vigilants sur ce point en particulier.

Prochainement, une commission « épicerie » va avoir lieu, l’occasion pour nous de sensibiliser les équipes à ce problème pour ensuite faire remonter l’information à nos fournisseurs et peut-être envisager certains choix de référencement.

Nous vous remercions sincèrement pour cette manifestation. Restez un consommateur attentif.


C’était en janvier 2007. Plus d’un an après, mon magasin « bio » n’a toujours pas dépassé le stade de « peut-être envisager certains choix »… à moins qu’il ait renoncé purement et simplement à envisager quoi que ce soit. Dans ces conditions, quels efforts de responsabilisation peut-on attendre des autres filières ?

Vis-à-vis de ce problème, je suis peut-être un des rares consommateurs « attentifs » parmi les consommateurs « bio » : dans ces conditions, quels efforts de responsabilisation peut-on attendre des autres consommateurs ?

Et si nous sommes si peu nombreux à boycotter ces aliments, combien serons-nous à boycotter les carburants à base d’huile de palme ?

Et pendant ce temps, les dernières forêts naturelles d’Indonésie et de Malaisie continuent de disparaître… 




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Nos scientifiques et nos hommes politiques découvrent tout d’un coup, du jour au lendemain, ce que tout le monde savait depuis longtemps : que la situation est « très grave » aux Antilles, que la Martinique et la Guadeloupe ont été « empoisonnées » par des pesticides et qu’il s’agit d’un « désastre sanitaire ».

Selon un cancérologue éminent, « le taux des cancers de la prostate est "majeur" aux Antilles » mais les scientifiques n’ont « pas encore la preuve épidémiologique » que le phénomène serait lié au chlordécone, un produit que la France « a interdit en 1990 sur son territoire, sauf... aux Antilles ».

Le traitement au chlordécone (un nom prédestiné), même s’il est réservé aux habitants de ces lointaines îles, n’est donc pas exactement un traitement de faveur.

Quelle belle illustration du cynisme de nos dirigeants politiques successifs et de nos industriels, et de leur mépris pour la population - surtout quand il s’agit des DOM-TOM !

Remarquons au passage que certains, face à l’évidence et face aux preuves statistiques, attendent encore « la preuve épidémiologique ». La statistique est une chose, mais la médecine, monsieur, la médecine... Il faut savoir aussi que les producteurs de bananes ont le culot de trouver le rapport du cancérologue « pas assez scientifique » !

Quand tout le monde sera mort, on disposera peut-être enfin de preuves assez formelles pour décider qu’il y a urgence…

Terminons par une bonne nouvelle : le ministre de l’Agriculture propose « d’aller vers la banane zéro pesticide ». C’est à croire qu’un vent nouveau souffle sur la rue de Varenne…

 

 


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