A quelqu’un qui lui reprochait d’avoir mis en scène, dans Le marchand de
Venise, un Juif sans pitié se disposant à prélever un morceau de chair sur sa victime, Shakespeare avait répondu : « Alors quoi ? Je n’ai même pas le droit de critiquer la
politique du gouvernement israélien ? »
Franchement, tous ces
Juifs qui font la manche dans le métro avec leurs accordéons dont ils jouent n’importe comment, sans musicalité, c’est horripilant. Ces gens-là ne sont même pas foutus de faire des études et de
se trouver un métier. Ils ont des caravanes impeccables et des grosses voitures rutilantes, des américaines ou des Mercedes, mais leurs enfants sont toujours en haillons et vivent dans
la saleté. Tout le monde sait qu’ils volent et cambriolent à tire-larigot, qu’ils obligent leurs enfants à mendier et battent leurs femmes, quand ils ne les prostituent pas. Et on laisse
faire !
Vous dites ? Ce ne sont pas les Juifs qui font la manche et vivent dans des caravanes ? Vous croyez que cela change quelque chose, que ce soient les Juifs ou les Basques ? Ou les
Asiatiques ? Mais alors, quels racistes vous êtes !
Je suis sûr que si je me mettais à jouer de l’accordéon dans le métro, moi qui suis noir et musulman, je me ferais arrêter dans la demi-heure. On me signifierait qu’il est interdit de troubler la
tranquillité des voyageurs. Mais voilà, selon que vous serez touriste ou indigène...
Vous dites ? Je ne suis pas noir ? Pourquoi ne serais-je pas noir ? Et qu’en savez-vous ? Ma photo ? Je l’ai éclaircie, et puis voilà. Je suis juif ? Et alors ?
Il y a bien des Juifs noirs, non ? C’est bien ce que je disais : bande de racistes !
Quoi encore ? Je ne suis pas musulman ? Ecoutez, les musulmans disent qu’Abraham, Moïse et les autres étaient musulmans, alors pourquoi ne le serais-je pas, moi qui suis un descendant
d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ? D’ailleurs, mon pays, la France, a des racines musulmanes, c’est Chirac qui l’a dit ! Bande d’islamophobes !
C’est comme
ces Alsaciens qui brûlent des voitures la nuit du nouvel an islamique. Des cohortes de sociologues et autres démagogues post-quarante-huitards leur trouvent toutes sortes d’excuses. Mais
faites la même chose alors que vous n’êtes pas alsacien, ni même lorrain, et vous verrez si vous avez droit à la même indulgence ! Non mais, vraiment, dans cette société en
déliquescence, il y a vraiment deux poids et deux mesures.
Et ces concierges autrichiennes qui, tout en se faisant construire une maison dans leur pays, profitent de tous les avantages qu’elles peuvent obtenir ici. Souvent aussi, elles en font le
moins possible. De surcroît, on les entend toujours se plaindre du propriétaire du second, de la locataire du troisième, du poids des poubelles et que sais-je encore.
Les concierges ne sont pas autrichiennes ? Elles sont quoi, alors ? Allemandes ? Bon, je me suis peut-être trompé de nationalité. Qu’est-ce que cela change, bande de
xénophobes ?
Ah, vivement que l’on fasse le ménage, qu’on nettoie la France de toute cette racaille d’outre-hexagone ! Et puis, d’ailleurs, il faut que l’Occident reste chrétien, comme l’a bien dit
le Dalaï-lama !
Vous n’êtes pas d’accord ? Bande de laïcards intolérants !
Quelques-unes
de mes photos
coquines prises ce mois d'août sur la plage de Deauville...
Pourquoi le métro parisien, malgré des efforts de nettoyage considérables,
est-il toujours sale ? Pourquoi est-on si souvent incommodé par de mauvaises odeurs, dans les rames comme dans les couloirs ? Clochards, vomi, urine, etc. (ne pas négliger l’etc.),
comme je plains ceux qui subissent cela tous les jours, la cohue en plus !
Quand on croit y échapper, c’est pour subir les vociférations de quêteurs vindicatifs et plus ou moins agressifs ou le vacarme de joueurs d’accordéon et autres musiciens médiocres voire très
mauvais, souvent même honteusement « sonorisés ». Le plus désespérant est peut-être que tout cela se déroule juste au-dessous d’une affichette rappelant un règlement, déjà bien ancien
mais toujours en vigueur, qui interdit formellement de troubler la tranquillité des voyageurs.
Je me demande le pourquoi de cette différence avec le métro de Prague, dont j’ai déjà parlé. Faut-il croire que les Tchèques ont
gardé des habitudes prises sous la botte d’un régime totalitaire, celle d’être « réglo » et disciplinés par exemple ?
Autre différence entre Paris et Prague, l’absence dans la capitale tchèque de manifestations anti-israéliennes suite aux événements de Gaza.
À croire que la population tchèque n’a jamais gobé les mensonges de la propagande communiste…
Si le métro de Prague est propre, serait-ce grâce au communisme ?
Si la propagande anti-israélienne ne prend pas à Prague, serait-ce malgré le communisme ? Ou peut-être, justement, grâce à lui ?
Ou bien, peut-être la réponse à ces deux questions n’a-t-elle rien à voir avec le communisme ?
Qui sait ?
Le romancier J.M.G. Le Clézio vient de se voir décerner le prix Nobel de
littérature. Parler des livres qu’on n’a pas lus est à mon avis un des arts les plus respectables, mais Le Clézio, pour moi, c’est d’abord « La Guerre », un de ses premiers romans.
Qu’il me pardonne, et j’espère que mes lecteurs, eux aussi, me pardonneront de ne parler ici que du seul livre que j’aie lu de cet auteur – mais j’ai une excuse, c’était il y a plus de trente
ans !
D’ailleurs, faute d’avoir présentement l’ouvrage à portée de main, je citerai de mémoire.
Ma rencontre avec Le Clézio remonte en effet à la classe de troisième. Deux textes de cet auteur figuraient dans mon manuel scolaire de français. Le premier décrivait Hyperpolis, le supermarché
imaginé dans « Les Géants ». Le Clézio évoquait « ces hommes pour qui les hommes sont des insectes ». Le second texte était un extrait de « La Guerre ». Dans l’un et
l’autre, on retrouvait le même cri de révolte contre le monde artificiel d’aujourd’hui. Pour le gamin de treize ans que j’étais, déjà sensibilisé à la destruction de l’environnement, et pour qui
le monde humain, en dehors de la famille, était généralement hostile, ce fut quasiment un choc.
Devant préparer un exposé, j’avais naturellement porté mon choix sur « La Guerre » de J.M.G. Le Clézio.
Au
passage, je n’ai jamais compris l’intérêt de faire préparer et présenter un « exposé » à des collégiens sans jamais leur enseigner le moindre rudiment des méthodes de travail ni des
techniques de communication permettant d’intéresser un auditoire et de faire passer des messages.
« La nuit est plus blanche que le jour, éclairée par des millions de volts. »
Dans « La Guerre », J.M.G. Le Clézio présentait une vision personnelle du monde actuel à travers le parcours initiatique d’une jeune fille. D’autres auteurs ont utilisé cette ficelle
d’écrivain avec plus ou moins de talent.
« La jeune fille qui s’appelait Bea B. marchait dans une vallée creusée par des dizaines de milliers d’années d’eau et de vent, ou bien par des centaines d’heures de
bulldozer. »
La
guerre, expliquait Le Clézio, c’est 220 km/h, c’est Mach 2, c’est 110 mètres haie en 13’31, c’est 4 000 tours/minute…
Quand ma mère, dans son enfance, entendait les sirènes retentir, elle savait qu’il fallait se cacher. C’était la guerre. Quand je perçois les vibrations d’un Diesel dans la rue, quand retentit le
vacarme des marteaux-piqueurs, d’un souffleur à feuilles ou d’un scooter trafiqué, je sais que je n’ai pas besoin de me cacher ; mais c’est à Le Clézio que je pense alors, et l’idée qui
me vient à l’esprit, tout en me précipitant pour fermer mes fenêtres, c’est que, dehors, « c’est la guerre ».
La course à la performance, le bruit des machines, les gaz d’échappement, le gigantisme et l’arrogance de l’ère industrielle que Le Clézio évoquait aussi à travers une allusion au
« Titanic », tout cela, c’est la guerre, et d’une certain manière, c’est la même
guerre : la guerre que l’homme a
déclarée à la nature, il y a longtemps déjà, mais qui s’est intensifiée de façon spectaculaire depuis quelques décennies (en 1988, Guy Debord
écrivait que l’économie, désormais, était aussi en guerre contre les humains).
On pourrait ajouter que plus de 40 milliards de poulets abattus chaque année dans le monde, 60 000 porcs abattus chaque jour, c’est aussi la guerre. Tolstoï disait que tant qu’il y aura des
abattoirs, il y aura des champs de bataille. Les abattoirs et les champs de bataille, ce sont deux façons de détruire le monde. Il n’est pas dit que la seconde soit de loin la
pire.
POUR SION JE NE ME TAIRAI PAS !
POUR JÉRUSALEM JE NE RESTERAI PAS SILENCIEUX ! (Isaïe 62:1)