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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 21:39

La première fois que j’ai entendu ce terme, je devais avoir douze ans. Je me suis demandé pourquoi on parlait d’un tas. Bien évidemment, l’autre partie du mot m’a rendu tout aussi perplexe : je m’imaginais confusément que l’effroyable barbarie avait dû inclure ce genre de pratique, mais la référence me semblait inopportune et pernicieuse.

Perfusion.jpgIl me semble que l’avortement, la peine de mort et l’euthanasie forment une sorte de trilogie, celle des sujets explosifs. J’ai déjà traité les deux premiers, il fallait bien que j’aborde aussi, un jour ou l’autre, le troisième.

Certes, comme sujet explosif, il y a aussi les Juifs et Israël. Soit dit en passant, pour moi, les Juifs et Israël c’est le même sujet. Et ce sujet, je ne crois pas l’avoir négligé.

Donc, cette fois-ci, c’est « le tas nazi ». Mais il n’y aura pas d’argumentation ni de développement. Je n’ai pas grand chose à dire. Suis-je « pour » ? Suis-je « contre » ? Je n’en sais rien au juste.

Intuitivement, je serais plutôt « pour ». Il faudrait, bien sûr, définir soigneusement les conditions dans lesquelles cette pratique pourrait trouver un cadre légal.

Récemment, une dame atteinte d’une horrible maladie a attiré l’attention du public sur ce sujet difficile. Pourtant, elle avait les moyens de s’euthanasier elle-même sans risque d’encourir un procès et de se retrouver en prison. C’est bien ce qu’elle a fini par faire. Alors, pourquoi ce tapage au préalable ?

Si je ne m’abuse, les adversaires de l’avortement et de l’abolition de la peine de mort sont généralement « contre » : je devrais donc plutôt être « pour », non ?

Être pour la peine de mort et contre l’euthanasie, est-ce cohérent ? Il est vrai que les partisans du rétablissement de la peine de mort ne sont généralement pas cohérents.

Berlioz.jpgÀ ce propos, je suis tombé l’autre jour sur cette perle en visitant un blog : quelqu’un qui argumentait en faveur de la peine de mort parce que « humainement, pour le condamné, [il] trouv[ait] l’exécution préférable à la certitude de passer le reste de sa vie entre quatre murs […] » !

La peine de mort comme forme d’euthanasie, finalement !

En ce qui me concerne, je n’ai pas de compassion pour les assassins, et donc, logiquement, je suis contre la peine de mort.

Mais revenons à notre sujet.

Dans ses Mémoires (un ouvrage passionnant), parlant de la maladie de sa sœur, Berlioz se déclare partisan de l’euthanasier (même sans son consentement ?). Je me demande si, dans une situation analogue, je pourrais adopter la même position. Je n’en sais rien.

Cette fois, au moins, on ne pourra pas me reprocher d’avoir une position trop catégorique. Na !

Mais j’en connais qui me feront le reproche inverse. Zut...

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Published by Marcoroz - dans Pan dans les dents
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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 15:09

 

Lettre ouverte à Emmanuel Dupuy,

 rédacteur-en-chef du magazine mensuel Diapason

 

Monsieur le Rédacteur-en-chef,

 

En feuilletant hier le dernier numéro de Diapason, j’ai été passablement surpris d’y trouver un reportage d’une demi-douzaine de pages sur la musique à Gaza. Il y est expliqué que les activités musicales, dans la bande de Gaza, ont cessé par suite de la « création » de l’État d’Israël en 1948.

 

Je ne suis ni acheteur ni abonné mais j’ai souvent feuilleté cette revue, surtout ces derniers temps, et je n’ai pas souvenir qu’elle ait souvent publié un reportage de ce genre, concernant une quelconque région du monde. Peut-être que ma mémoire me trompe ?

 

La première photo montre une scène urbanistique apparaissant dans l’encadré d’un grand trou dans un mur, censément provoqué par un bombardement. L’opération « Plomb durci » est mentionnée au début de l’article, à la fin de l’article, et au moins une troisième fois dans l’article. Cela fait beaucoup, surtout pour décrire une situation censée avoir été provoquée par un événement intervenu en 1948.

 

emmanuel-dupuy-diapason-paris-20092-623.jpg

Avant de vous écrire, j’ai pris soin de chercher à en savoir davantage sur vous, et ma requête sur Internet m’a conduit à un « portrait », quoique ce terme semble mieux s’appliquer à la photo qu’au texte. Le texte, en voici les principaux extraits, avec mes commentaires :

  

« On ne se souvient plus trop aujourd’hui que le magazine Diapason était, dans les années 70, une bien modeste brochure entièrement consacrée au disque… »

 

J’étais jeune, mais je m’en souviens un peu tout de même. Je me souviens même que déjà, à l’époque, je préférais la revue Harmonie.

 

« … qui évolua par la suite au cours des glorieuses années 80 en une magnifique pompe à pub… »

 

 C’est ce que l’on appelle avoir le sens de la formule. Je constate que depuis, ça n’a pas cessé de pomper chez Diapason.

 

« L’arrivée à sa tête du flamboyant et audacieux Yves Petit de Voize allait rédactionnellement bouleverser le journal… »

 

Certes, avec des termes comme « rédactionnellement », il y avait déjà de quoi bouleverser un journal.

 

« … à la suite d’une coexistence cocasse avec Edith Walter, fondatrice de Harmonie, que Diapason venait de racheter. »

 

Ici, deux ou trois remarques me sont tout de suite venues à l’esprit, mais je vous les épargne.

 

« Oui, la presse musicale a toujours été un peu cannibale et cela ne semble pas vouloir cesser.! »

 

D’une certaine façon, la presse en général est amatrice de chair humaine. Depuis un bon moment, elle aime surtout bouffer de l’Israélien... La presse musicale aussi, en effet, si j’en juge par le dernier numéro de votre mensuel.

 

« C’est à Yves Petit de Voize qu’Emmanuel Dupuy doit d’avoir fait ses premières piges à Diapason, après avoir assisté de toutes les façons possibles (chauffeur, tourneur de pages, régisseur…) ledit Petit de Voize... »

 

Heureusement que l’auteur de la note n’a pas poursuivi trop loin cette énumération. D’ailleurs, pour votre sécurité, si jamais vous comptez vous rendre un de ces jours à Gaza…

 

Passons.

 

« Notre Girondin, avant de rejoindre définitivement la rue Pierre-Avia, a passé deux années à Voici et dans le groupe Prisma. C’est donc en professionnel aguerri qu’il a longtemps tenu à Diapason le secrétariat de rédaction, puis la rubrique musique vivante, avant de prendre en charge l’ensemble de la direction du magazine. »

 

À l’évidence, votre passage chez Prisma vous a marqué, pour que vous publiiez dans un magazine consacré au disque classique quelque chose qui tient à la fois du style racoleur de Voici et des articles les plus antijuifs de National Geographic.

 

« Emmanuel Dupuy a visé la continuité, et conforté avec sagesse tout ce qui a fait le succès d’un magazine de référence. Sous la flegmatique attitude du journaliste perce vite la passion – la forme est réservée, l’esprit est impétueux, clair et sourit à l’audace. »

 

Il faut de l’audace, probablement, pour écrire qu’il se trouve actuellement à Gaza un million de « réfugiés » d’une guerre qui a eu lieu il y a 62 ans (un chiffre voisin de l’espérance de vie à Gaza à cette époque), sans compter que les historiens s’accordent pour évaluer le nombre total de réfugiés arabes de cette guerre, à l’époque, entre 450 000 et 750 000.

 

Il faut aussi de l’audace pour expliquer à un public de mélomanes que la création – moi, j’aurais « mahleriennement » dit la résurrection – d’Israël (sans doute le seul État au monde à avoir été « créé » postérieurement à son propre orchestre symphonique), a pu mettre fin à une florissante culture musicale dans un territoire que les Britanniques venaient de transférer à l’Égypte et que celle-ci allait garder sous son contrôle pendant près de vingt ans.

 

Mais il faudrait peut-être davantage encore d’audace, et surtout, davantage de courage et d’intégrité, pour se refuser à rejoindre la meute de tous ceux qui calomnient Israël, toujours plus nombreux et plus confortés par leur nombre.

 

J’aimerais que vous m’expliquiez par quel mystère la proclamation de l’État d’Israël, à moins que ce ne soit la guerre d’indépendance d’Israël, a pu avoir de telles conséquences sur la vie musicale dans un territoire passé à cette époque de la souveraineté britannique à la souveraineté égyptienne.

 

Enfin, puisqu’il régnait avant 1948 à Gaza une culture et une activité musicales si florissantes, peut-être pourriez-vous avoir aussi l’obligeance de me citer les noms de quelques formations et de quelques musiciens arabes de la région ayant brillé à cette époque dans le répertoire classique.

 

Dans l’attente de devenir grâce à vous un peu plus instruit,

 

Courriellement et internettement vôtre.

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Published by Marcoroz - dans Lettres ouvertes
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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 11:02

D’habitude, quand un insecte s’aventure chez moi, je ne lui prédis pas un grand avenir dans mon intérieur. Aussi, je le remets délicatement dehors.

Cette fois, j’ai fait le contraire. Début janvier, j’ai recueilli une punaise des végétaux qui se tenait immobile sur mon balcon, les pattes en l’air, par près de 0°C. Je me suis dit qu’elle était mal partie pour passer la nuit, surtout par ce froid, et je l’ai déposée dans le pot de mon impatiens.

Nezara-viridula-1a.jpgJ’héberge donc dans ma salle de séjour, depuis trois semaines, un insecte hémiptère hétéroptère pentatomorphe (ah, les classifications !). On me le confirme (merci Lucie), il s’agit de l’espèce Nezara viridula.

Ma punaise ne quitte pas sa plante, elle semble s’y plaire. On remarquera le changement de couleur intervenu en l’espace de quelques jours.

Il est malaisé pour le profane de distinguer Nezara viridula de Palomena prasina (ne parlons pas de distinguer Palomena prasina d’Acrosternum heegeri). Mais la plus belle punaise pentatomorphe, à mon goût, est Carpocoris purpureipennis (à ne pas confondre avec Dolycoris baccarum).

Quand j’étais enfant, j’avais un temps pensé à devenir entomologiste, mais un ami de mon père m’a dit que je serais obligé de faire des collections. Il n’en a pas fallu davantage pour me faire abandonner ce projet. Moi, gazer et crucifier des petites bêtes ? Devenir un nazi ?

Naturellement, mon dégoût pour le sang m’empêchait aussi de songer à une carrière dans la médecine. Pour les études vétérinaires, j’entrevoyais le même problème.

À l’adolescence, j’ai aussi renoncé à envisager des études de musicologie le jour où quelqu’un de mon entourage m’a informé qu’il était obligatoire de chanter.

Nezara-viridula-7a.jpgC’est ainsi que je me suis finalement retrouvé dans la filière des études de gestion. Et cependant, la gestion est toujours restée pour moi une abstraction, et les études de gestion un oxymore.

Le monde de l’entreprise offrait, me disait-on, de nombreuses possibilités de métiers. Tout cela restait bien vague à mes yeux, mais il y avait un établissement réputé à trois stations de métro, sans changement.

Et puis dans les entreprises, je n’aurais jamais de cadavres à disséquer ni d’insectes à transpercer. J’évoluerais dans un univers propre, sans seringues, sans opérations chirurgicales, sans avoir à me confronter aux horreurs de l’anatomie humaine ou animale ni aux disgrâces du corps humain. Je n’aurais pas non plus besoin de chanter.

Je n’allais pas tarder à déchanter.

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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 15:48

Ce matin, comme nous faisions notre footing, mon ami qui est biologiste a lui-même amené ce sujet (dont nous avions déjà discuté voici un an ou deux) : il y a un paradoxe dans l’expérimentation animale, me dit-il en substance (et je songe immédiatement à ce qu’il va effectivement me dire dans les secondes qui suivent), c’est que nous utilisons des animaux comme modèles parce qu’ils nous ressemblent, et (je l’aide moi-même à terminer sa phrase) nous justifions moralement cette pratique en affirmant qu’ils ne nous ressemblent pas.

– Pour toi c’est un paradoxe, lui fais-je, pour moi c’est plutôt une contradiction.

– Si ta fille était très malade…

Je connais par cœur ce genre de réplique. C’est peut-être la troisième fois que mon ami me la ressort.

Ceux qui veulent justifier l’expérimentation animale font souvent cette erreur de raisonnement, analogue à celle que font les partisans la peine de mort. Les uns et les autres confondent deux types de situation très différents, à savoir une situation d’urgence (un enfant très malade, un tueur en cavale) et une situation dans laquelle il n’y a pas de limite de temps particulière (l’espoir d’un progrès scientifique, un assassin sous les verrous).

Paysages-3588a.jpgL’expérimentation n’est pas la réponse à une situation d’urgence : si mon enfant était très malade, je mettrais en œuvre tous les moyens dont je dispose pour obtenir sa guérison. Mais ce n’est certainement pas en allant charcuter des animaux, ni en les faisant charcuter par d’autres, que j’y parviendrais (je ne développerai pas mon parallèle, un ami outre Atlantique viendrait encore me reprocher de mélanger deux sujets).

Après, il y a les progrès déjà réalisés en recourant à l’expérimentation animale. La plupart des antivivisectionnistes militants nient que l’expérimentation animale puisse permettre le moindre progrès tangible. Pour ma part, étant donné que Jonas Salk déclarait avoir sacrifié je ne sais plus combien de centaines ou de milliers de singes pour mettre au point son vaccin, je veux bien croire qu’il ne l’avait pas inventé (je parle du sacrifice). Mais peut-être aurait-il (aurait-on) pu trouver une autre méthode. Quoi qu’il en soit, ma position est qu’utiliser des animaux est immoral et donc injustifiable.

D’autre part, je considère que les éventuels bénéfices actuels des recherches passées ne sauraient justifier la poursuite des expérimentations. Ma position est claire : la fin ne justifie pas les moyens, la force ne fait pas le droit, l’habitude non plus, et les bénéfices pas davantage.

Certes, comme me dit mon ami, je profite de ces bénéfices. Par exemple, je suis vacciné contre la polio, et mon enfant également.

C’est que je n’ai pas choisi le monde dans lequel je vis. Je n’ai pas choisi de naître dans un monde dans lequel une espèce vivante détruit ou transforme tout à son propre profit et aux dépens de toutes les autres. Je n’ai pas choisi d’appartenir à cette espèce. Je ne suis pas non plus responsable de la façon dont les hommes ont pris l’habitude d’organiser leur environnement et leurs conditions de vie depuis des millénaires, pas plus que je ne suis responsable de plusieurs dizaines de milliers d’années de saccage et de destruction. Ma responsabilité, c’est de tâcher de contribuer, à mon modeste niveau, à un progrès vers un plus grand respect de la nature plutôt que vers une destruction accrue de la nature, et vers un plus grand respect des animaux (et des humains) plutôt que vers davantage encore de souffrance.

Sans cependant convenir que l’expérimentation animale est immorale, mon ami a formulé lui-même cette idée que nous la pratiquions en vertu de la loi du plus fort.

La loi du plus fort, ai-je répété. Je ne te le fais pas dire.

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Published by Marcoroz - dans Éthique et Morale
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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 13:59

 

Ce dimanche – promenade à Versailles – parc du château – du monde – plaques de glace sur le bassin – pas de bateaux – goûter à La Flottille – beaucoup de monde – ma chérie craint de ne pas avoir de table – mais crainte infondée – obtenu table tout de suite – serveurs débordés mais font de leur mieux –

 

Autres familles avec jeunes enfants – table plus loin un petit garçon hurle – son grand frère insolent avec sa mère – parents incapables de gérer – parents nuls – les cons – notre serveuse allée les aborder – moi renoncé – pourront pas me reprocher une réaction disproportionnée –

 

Autres parents nuls – table derrière nous – photographient au flash leur bébé de 3 mois – de face et à moins de 1 m de distance – et plusieurs fois – le père puis la mère – les cons –

 

Bassin-de-Latone.jpgPas pris mon appareil – tant pis – trouvé sur Internet une photo libre de droits – pas la guinguette mais un des bassins – pas grave – ça le fera quand même –

 

Pour mon récent article sur le gauchiste indigne – pléonasme – pas payé de droits sur les photos de Gaza – manquerait plus que ça – je les subventionne déjà assez avec mes impôts – préférerais subventionner Israël – suis pas le seul à le penser –

 

Déjà venus ici – mais la dernière fois en terrasse – cette fois nous avons pu apprécier le décor 1900 – jeune serveuse aimable – nous a complimentés pour notre enfant très sage – moins de bruit à la fin car moins de monde –

 

Connu bien pire – quand les gens pouvaient fumer dans les salles – et avant dans les établissements en plein air les consommations souvent pas bonnes – et la carte pas aussi variée – on avait thé citron ou thé au lait – maintenant choix entre divers thés – idem gaufres – avant glaces vanille fraise chocolat – maintenant vingt parfums – et sorbets – sans produits chimiques – mais la cigarette était vraiment le pire de tout –

 

Trouvé le thé vert excellent – le chocolat chaud était très correct – ma chérie confirmera – un moment de détente et de dépaysement – contents de notre après-midi.

 

 

 

Tags :    Flottille – assaut – bateaux – aborder – réaction disproportionnée – Gaza – Israël 

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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 18:12

 

Dans le métro parisien, il m’arrive souvent de me sentir une âme de sportif. Pressé, impatient, ou éprouvant simplement le besoin de bouger, je me rue dans les escaliers, je cours dans les couloirs, je choisis mon wagon au dernier moment (le moins rempli), quitte à m’y précipiter quand le signal commence à retentir...

 

Mais souvent, à ce stade (si je puis dire), ma course n’est pas terminée : une mauvaise odeur, un quêteur qui m’horripile, un manouche qui me casse les oreilles avec son accordéon ou que sais-je encore, et je n’ai qu’une attente, l’arrivée à la station suivante pour pouvoir changer de voiture. Parfois, l’humeur du moment me porte aussi à me faire mon petit cinéma dans ma tête et je m’imagine paria. Comme on va le voir, cela doit probablement se percevoir.

C’est ainsi qu’il y a une quinzaine d’années, comme je venais de faire irruption dans un wagon, quelque peu essoufflé et surtout, arborant une mine peu sereine, j’en fus pour mes frais. 

LapinLa rame venait de démarrer. Au moment de recevoir ce choc, avais-je eu le temps de remarquer le trentenaire assis à l’extrémité du wagon ? Un homme d’origine antillaise ou africaine, je ne saurais dire, mais la peau très foncée, une belle carrure, un visage bien fait, et une tenue rouge et écru si je me souviens bien, élégante, qui ajoutait au côté théâtral du personnage.

Sans le moindre geste, le regard dans ma direction mais sans me fixer ni même sembler me voir, il venait de lancer sur le ton d’une indignation vive mais maîtrisée, d’une voix remplissant tout le wagon comme elle aurait magnifiquement rempli un théâtre, et avec une diction parfaite :

« Vous êtes coupable ! »

J’étais pétrifié. Personne ne disait mot. Quelques secondes s’écoulèrent, puis retentit à nouveau, dominant le bruit du roulement, la terrible sentence :

« Vous êtes coupable ! »

Cette fois, le « c » de « coupable » était encore plus appuyé.

Un comédien qui, de façon impromptue, aurait eu la fantaisie d’exercer sa voix ? La coïncidence me semblait trop improbable. J’étais moins amusé que sidéré. Certes, il m’ignorait toujours du regard et semblait dans son propre monde. Et cependant, n’était-ce pas à moi qu’il s’adressait ? Pouvait-il en être autrement ?

Un petit moment s’écoula. Avait-il terminé ? Non. Le visage toujours impassible, il tonna encore :

« Je vous plains ! »

Une pause, puis à nouveau, toujours sur le même ton :

« Je vous plains ! »

Je n’en menais pas large.

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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 17:15

Depuis quelques mois, une grande publicité est faite autour d’un certain monsieur. Depuis qu’il a publié un livre (P.S.: même pas un vrai livre, plutôt un fascicule), cette publicité est même devenue quotidienne. On ne manque pas de nous préciser que le monsieur en question a été ambassadeur (comme Otto Abetz), que c’est un ancien résistant (comme Michel Droit) et même un ancien déporté (comme Paul Rassinier), qu’il a des origines juives (comme Adolf Hitler*) et qu’il a participé à la rédaction de la Déclaration des droits de l’Homme (comme j’ai participé à la rédaction du Kâmasûtra).

Gaza-Fruits.jpgLe jour de l’an civil (un jour de l’an si vil), le journal de la radio (d’État) ne trouvait rien de plus important à annoncer (mais en omettant ce que j’ai écrit entre parenthèses) et ajoutait une information très importante, à savoir que neuf cent mille exemplaires avaient déjà été vendus (ou j’ai mal entendu). J’ai failli dire du mal de tous ces acheteurs, mais… oups ! Ce serait oublier que mes propres parents (mes chers parents), entre un concert classique et une exposition de tableaux de maîtres, gobent avec ravissement les inepties de Jacques Attali, se pâment en lisant les éditoriaux de BHL (P.S., 2012 : plus maintenant) et admirent Arlette Chabot. Ce serait oublier que la plus grande partie de ma famille continue de voter à gauche. Ce serait oublier que la femme d’un rabbin libéral, à Paris, est fana de Caroline Fourest. Ce serait oublier tous ces faiseurs de pignon sur rue (on dit ça, je crois ?) qui affirment que Mohamed Al Dura est bien mort sur les images montrées par France 2 le 30 septembre 2000 et qui sont, paraît-il, des gens très respectables.

090613155705bNqS.jpgAlors, je me dois de respecter tous ces gens qui achètent le livre en question, même si l’auteur rend le seul Israël (superficie : 5 % de la superficie de la Papouasie-Nouvelle-Guinée ou si vous préférez, moins de la moitié de la Bosnie-Herzégovine, population : à peine moins que Hong-Kong) responsable de presque tout ce qui ne va pas dans le monde (il ne pouvait pas tout mentionner, le petit livre serait devenu un énorme pavé indigeste).

Finalement, pourquoi ne publierais-je pas un best-seller, moi aussi ? Suis-je plus bête que ce nonagénaire ? Pourquoi continuer à vivoter à la petite semaine, alors que je pourrais, moi aussi, avoir du succès, rafler des prix et gagner des millions ?

La recette est pourtant simple. Il suffit de taper sur Israël. Être un ancien ambassadeur, un ancien ceci, un ancien cela ? Pas nécessaire. Le talent ? Non plus. Être juif, en revanche, ou passer pour tel, est un atout : un Juif qui dit du mal d’Israël, ça se vend bien, Coco !

0906131557053GY1.jpgC’est décidé, je vais écrire un petit livre dans lequel j’expliquerai qu’Israël est un État colonial et raciste (c’est même le seul : qui a jamais entendu parler, dans la presse, à la radio, à la télé, d’un État qui serait colonial ou raciste, ou l’un et l’autre, en dehors de l’État juif ?).

 J’ajouterai que Gaza est un camp de concentration (c’est vrai, regardez les photos ci-dessus et ci-contre), et que les victimes d’hier sont devenues les bourreaux d’aujourd’hui (ce qui prouve, au passage, qu’elles n’ont pas été exterminées).

Oui, à partir de maintenant, je suis antisémioni... antisionémite... zut, comment ils disent, déjà ? Ah, oui, « antisioniste ». Voilà, c’est ça, « antisioniste ».

Ce serait trop bête de s’en priver plus longtemps, alors qu’il y a tant à gagner !

Boycottons Israël ! Faisons pression sur Israël ! Condamnons Israël ! À bas Israël !

Et à moi la gloire, à moi les plateaux de télévision, à moi les micros et les caméras, à moi la fortune, à moi l’argent en masse !

 

* Dont le grand-père paternel « biologique » était peut-être juif, personne aujourd’hui ne peut le confirmer ni l’infirmer (et il figure comme il se doit sur ma liste). Quoi qu’il en soit, je n’ai pas participé à la rédaction du Kâmasûtra.

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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 22:59

En toute modestie, je me propose de révéler ici (une fois de plus) quelque chose que vous ne lirez nulle part ailleurs. Il s’agit d’un fait que la plupart des musicologues semblent ignorer bien qu’il concerne une œuvre très connue, la troisième symphonie de Saint-Saëns, « dédiée à Franz Liszt » comme on n’a pas manqué une fois de plus de nous le préciser ce soir sur France-Musique juste avant de nous la faire entendre en direct de la Philharmonie de Berlin.

« Son écriture s’étend entre 1885 et 1886 et elle est dédiée à son ami Franz Liszt décédé le 31 juillet 1886 », nous dit Wikipedia.

Sur un autre site Internet, je lis : « L’œuvre, dédiée à la mémoire de Liszt, mort le 31 juillet 1886, est conçue pour un effectif imposant, qui présente la particularité d’inclure piano et orgue, d’où son sous-titre de Symphonie « avec orgue » (…) »

Certes, mais alors, pourquoi le sous-titre ne mentionne-t-il pas aussi le piano ?

Plus loin : « (…) le premier thème, inspiré de la mélodie grégorienne du Dies irae (…) »

Collegiale Semur-en-AuxoisC’est en effet une remarque qui a son importance. On retrouve aussi une citation du Dies irae dans la Danse macabre de Saint-Saëns, de même que dans celle de Liszt dont elle emprunte le genre.

Chez un autre commentateur, l’influence de Liszt sur Saint-Saëns est évoquée, mais de façon générale : « Sa première symphonie est écrite en 1848, puis suit une autre dès 1850 qui ne sera malheureusement pas publiée. Dès 1852, il devient l’ami de Liszt qui l’influencera et fera forte impression sur le compositeur français. »

Il est aussi précisé que la symphonie est jouée pour la première fois à Londres en 1886 « à la mémoire de Liszt ».

Bien, bien, bien…

Ailleurs encore, l’influence de Liszt est évoquée à propos précisément de la 3e symphonie :

« Saint-Saëns joua les ébauches de sa nouvelle symphonie à Liszt, sans [s]avoir qu’il dédierait l’œuvre à sa mémoire, et c’est bien le Liszt des poèmes symphoniques qui semble avoir inspiré cette œuvre à l’effectif gigantesque (…) »

Le Liszt des poèmes symphoniques ? Tiens, tiens…

Un peu plus loin, on change de registre :

« À noter, cette œuvre est utilisée dans la musique de(s) film(s) : Babe – le Cochon dans la ville (…) »

Grouik, grouik !

Sur un autre site encore :

« Alors qu’il compose sa IIIe symphonie, Saint-Saëns apprend la mort de son cher Liszt. C’est donc tout naturellement que l’œuvre sera dédiée à la mémoire de ce géant du XIXe siècle musical. »

Tout naturellement !

Et plus loin :

« Dans sa symphonie, Saint-Saëns tente d’émuler Liszt ; pas seulement celui des poèmes symphoniques, mais également celui des deux symphonies, la Dante et la Faust. »

Ah, pas seulement le Liszt des poèmes symphoniques ! Tiens donc… 

Sur un site anglophone, Paul Serotsky parle d’un usage étendu de l’idée de Liszt de « transformation thématique » et ajoute qu’on doit même pouvoir « trouver la source de tous ses thèmes dans les seuls trois petits motifs contenus dans l’introduction de l’œuvre ».

En poursuivant mes recherches, je finis par trouver, sur un autre site encore, ceci : « (…) une partition traversée par l’hommage à Liszt (…) Écrite à l’hiver 1885, la partition porte la dédicace à Franz Liszt qui meurt au moment de la composition » (...)

Enfin, un initié ?

Qui a compris où je veux en venir ?

Il y a quelques années, j’ai eu le plaisir d’assister à l’une des auditions d’orgue que Jean-Claude Duperron, musicien fabuleux, proposait au public durant l’été, sur l’instrument de la Collégiale de Semur-en-Auxois dont il est organiste titulaire. Dans son programme figurait une pièce de Franz Liszt que je ne connaissais pas.

Le secret, le voilà :

Ce jour là, en entendant cette pièce de Liszt, je me suis aperçu que Saint-Saëns avait puisé là toute la matière de sa troisième symphonie. Oui, tout le (principal) matériau thématique de cette fameuse symphonie de Saint-Saëns figure dans ce petit morceau d’orgue de Liszt, pourtant bien plus court et moins ambitieux que ses pièces d’orgue les plus jouées et enregistrées que sont le Prélude et fugue sur B.A.C.H., l’Évocation à la chapelle Sixtine et la Fantaisie sur “Ad nos ad salutarem undam”.

Ne serait-elle pas plutôt ici, la première raison de la dédicace ? Comme ça, des fois, par hasard ?

Toujours est-il que depuis ce concert mémorable, quand je lis des commentaires comme tous ceux que je viens de citer, je rigole doucement.

P.S. (fév. 2011) : il s’agissait des Variations de Liszt sur l’Ave Maria d’Arcadelt (S659).

P.S. (juin 2011) : un petit complément

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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 11:56

Comment peut-on encore accorder le moindre crédit à la presse française ? Comment peut-on encore prêter attention aux inepties des journalistes, tous tant qu’ils sont ? Qu’il s’agisse des vedettes de la radio et de la télévision, des pigistes des quotidiens de la presse écrite ou des minables scribouillards qui sévissent sur les sites des fournisseurs d’accès : quelle différence ?

Deux exemples :

  

À propos de Bernard Werber et de l’écologie

« Si l’écrivain et réalisateur Bernard Werber était la fée écologie, il chasserait les hommes de la planète ! Explications... »

Voilà ce qu’on peut lire aujourd’hui sur « Le mag de l’environnement », une rubrique du portail du fournisseur d’accès Orange, à propos d’une vidéo dans laquelle Bernard Werber parle d’écologie. Les « explications », ce sont précisément les propos tenus par l’écrivain dans cette vidéo, mais à aucun moment il n’envisage une planète débarrassée de l’être humain.

Werber dit même exactement le contraire : s’il devait partir vivre ailleurs dans l’univers, ce qu’il aimerait le plus emporter avec lui, ce sont des êtres humains, car l’être humain est pour lui ce qu’il y a de plus précieux. Je prends mes lecteurs à témoins (la vidéo n’est pas longue). 

 

À propos des Assises sur l’islamisation

Ce samedi 18 décembre, j’ai passé tout un après-midi au milieu d’un public fort sympathique à écouter des personnalités tout à fait recommandables et souvent admirables qui exprimaient leur attachement aux valeurs républicaines, laïques et démocratiques. Le lendemain, en consultant la presse virtuelle, j’apprends que l’événement auquel j’ai assisté était le fait d’organisations – ou selon certains médias, de « groupuscules » – d’extrême droite (sic).

2010-12-18-001.jpgQue l’un des principaux organisateurs, le Bloc Identitaire, puisse mériter l’étiquette « d’extrême droite », cela peut se discuter. Son responsable Fabrice Robert n’est certes pas, parmi les orateurs que j’ai entendus, celui que j’ai préféré. Je ne me sens pas vraiment en affinité avec lui, et encore moins avec son mouvement.

Mais Riposte Laïque ?

La presse est quasiment unanime sur ce point : Riposte Laïque serait un mouvement d’extrême droite. Or, selon des gens pour lesquels je ne souhaite pas faire de publicité (des gens de gauche modérée ?), Riposte Laïque, ce serait plutôt « tous les ferments de la décadence ploutocratique : féministes, sionistes, homophiles, etc. » Quel contraste étrange... 

D’extrême droite, Pierre Cassen, président de Riposte Laïque et principal animateur de cette journée, qui milite pour la préservation de la société laïque et républicaine dans laquelle nous avons grandi ?

D’extrême droite, la féministe Anne Zelensky qui ne renie rien de son combat d’hier pour l’avortement libre et gratuit (et qui s’est fait huer pour cela par une petite poignée de personnes dans l’assistance) ?

D’extrême droite, s’il fallait croire les journalistes, le merveilleux Oskar Freysinger, ce défenseur du modèle suisse de démocratie directe invité pour la première fois à prendre la parole en France ? Freysinger, qui considère que nos systèmes politiques ne sont pas assez démocratiques ?

D’extrême droite, l’Union des jeunes pour le progrès (UJP), un mouvement de gaullistes de gauche ?

Selon les critères de ces imbéciles de journalistes, est-ce que je ne serais pas moi aussi « d’extrême droite », par hasard ? Je n’en serais même pas surpris.

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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 14:30

 

Les 18 et 19 décembre, les chasseurs du département de Tarn-et-Garonne vont traquer le SDF pour le plus grand bénéfice de Secours faune sauvage (SFS). Une démonstration de solidarité envers les animaux qui a valeur dexemple.

 

Lannée dernière à la même époque, neige et mauvais temps avaient quelque peu contrarié lopération. Une trentaine de personnes démunies avaient été abattues et remises aux responsables de la section départementale de Secours faune sauvage, après avoir été découpées et conditionnées à Paris.

 

Cette fois, François Caritas, président de la fédération départementale de chasse, a promis (…) « entre 70 et 80 êtres humains » à Bernard Solidert, président départemental de SFS. Les 18 et 19 décembre, une grande partie des associations locales de protection des animaux va participer à cette nouvelle opération caritative en faveur des rats, des buses et des corbeaux les plus défavorisés.

 

ViandeMais par rapport à lannée dernière, quelques modifications dimportance sont intervenues. Cest ainsi que linspection des cadavres sera effectuée par des militants qui ont suivi une formation spécifique à la morgue. Les humains abattus ne prendront pas la direction de la capitale pour être conditionnés. Cette fois, tout se fera dans le département, grâce à tous ceux qui ont décidé dapporter, eux aussi, leur quote-part à ce bel élan de générosité.

 

Par ailleurs, Pierre Boncouteau, chef du pôle de la protection de la population animale (…) précisait hier matin à propos de cette opération : « LÉtat va jouer un rôle daccompagnateur dans cette démarche fort louable. Les services vétérinaires ont un rôle de conseiller technique à jouer afin dapporter la garantie que le mode opératoire correspond parfaitement aux normes en vigueur ». Dimanche 19 décembre, les corps seront livrés à la ferme pédagogique de Sanguy, à Nolent. Lundi après-midi, les bouchers procéderont à la découpe (…). Secours faune sauvage prendra ensuite le relais pour effectuer la distribution du produit de cette chasse peu banale dans ses dix sites et auprès des refuges pour animaux. Un bel exemple de dévouement en faveur de nos amis des bois.

 

 

Adaptation d’un article publié sans honte sous le titre « Les chasseurs ont bon cœur » (difficile de trouver plus cynique) le 10/12/2010 sur Ladepeche.fr

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