Territoires occupés, ultra-orthodoxes, ultra-gauche, novlangue
-
Voici le début de ce que l’on pourrait appeler un anti-lexique : quelques expressions non pas dévoyées mais carrément absurdes, dans la mesure où l’on serait bien en peine de leur trouver une définition cohérente. Leur emploi courant dans les médias n’est qu’un signe parmi d’autres de la dépravation généralisée de la profession journalistique.
Territoires occupés :
Ce terme n’a aucun sens. Tout État occupe des territoires, ne serait-ce que celui par lequel il se définit. Ainsi, par exemple, l’Espagne occupe un territoire qui constitue la majeure partie de la péninsule ibérique.
Certains États occupent aussi des territoires qu’ils ont conquis dans des conditions diverses et prêtant parfois à controverse, comme par exemple la Chine qui occupe le Tibet depuis qu’elle l’a envahi par les moyens les plus violents et les moins légitimes.
Un territoire inoccupé, ce serait un territoire vide de toute implantation humaine et sur lequel aucune entité politique n’exercerait la moindre forme de souveraineté. Même le Bois de Vincennes est donc un territoire occupé.
Cependant, depuis un temps que les moins de vingt ans, et même de quarante ans, ne peuvent pas connaître, l’expression « territoires occupés » n’est jamais employée qu’à propos d’Israël. L’exception sémantique se décline à la fois au plan géographique et au plan historique : quand ces mêmes « territoires » étaient sous domination jordanienne, ce n’était apparemment pas une occupation. Dans la vulgate journalistique française, un territoire est donc « occupé » quand c’est Israël qui l’occupe.
Plus fort encore, un territoire continue d’être considéré comme occupé par Israël et désigné de cette manière même après qu’Israël s’en est retiré et en a abandonné toute souveraineté.
Israël est surtout un pays pour lequel il est habituel, surtout dans la presse européenne, d’utiliser systématiquement deux poids et deux mesures. Toute ressemblance avec une attitude généralement adoptée envers les Juifs dans l’histoire des deux derniers millénaires est sans doute une pure coïncidence.
Ultra-orthodoxe :
Être orthodoxe, c’est se conformer scrupuleusement à toutes les règles. Par conséquent, soit on est orthodoxe, soit on ne l’est pas. Le terme « ultra-orthodoxe » n’a donc, lui non plus, aucun sens. Ce n’est qu’une astuce journalistique de plus pour abuser le public (P.S.: ici, je reconnais avoir exagéré un peu mais le fond de mon idée reste juste).
Il est intéressant de remarquer que cette expression aussi est réservée aux Juifs. Les chrétiens orthodoxes, eux, ne sont jamais qualifiés d’ « ultras »... même quand ils ont l’habitude de se taper dessus jusqu’à s’entre-tuer à l’intérieur même d’un de leurs lieux de culte, sous prétexte que quelqu’un a déplacé une chaise.
À propos de l’épouvantable tuerie de Bombay, certains journalistes français ont eu l’indécence de désigner le rabbin Holtzberg et sa femme, sauvagement torturés puis assassinés parce qu’ils étaient juifs, comme des membres d’une « secte ultra-orthodoxe », sous prétexte qu’ils appartenaient au mouvement Habad. Le centre communautaire juif qu’ils dirigeaient - une cible spécifiquement juive, à laquelle les envoyés de « la religion de paix » avaient consacré pas moins de 20 % de leurs efforts meurtriers - a été soigneusement passé par le même prisme déformant, histoire de suggérer aux lecteurs qu’il s’agissait surtout du repaire d’une sombre organisation peu digne d’inspirer l’émoi.
En réalité, le mouvement Habad, aussi appelé Loubavitch, est une branche parmi d’autres du courant hassidique qui, depuis son apparition il y a plus de deux siècles et demi, n’a jamais cessé de faire partie du judaïsme. Ce n’est donc pas une secte. Mais tout est bon pour salir l’image des Juifs et pour rehausser celle de leurs bourreaux.
Ultra-gauche :
Avant, en France, il y avait la gauche et l’extrême gauche. Voilà que nos journalistes viennent d’inventer l’ultra-gauche. L’extrême gauche a toujours fait partie de la gauche, elle en est même constitutive par nature, par contraste avec l’extrême droite qui, au moins depuis la Quatrième république, est nettement séparée de ce que l’on appelle aujourd’hui la droite et n’a finalement de droite que le nom. L’ultra-gauche, ce n’est même pas un concept : c’est simplement la même maison qui change de raison sociale.
Pour finir, on notera aussi l’apparition très récente, du côté de « l’ultra-gauche », du terme « ultra-sioniste » (avec ou sans séparateur).
Qui a cru que je terminerais ce troisième exemple sans établir également un lien avec les Juifs ? ![]()
Si j’en juge par la façon dont ce néologisme est employé, un « ultra-sioniste », c’est tout simplement un « sioniste » qui se revendique comme tel : c’est moi, par exemple.
