En cette sinistre époque de remontée de l’antisémitisme, les ennemis d’Israël, qui ne reculent devant aucune ignominie, ont eu l’idée de dénicher parmi les détenus des prisons israéliennes un voyou ayant la nationalité française, de le proclamer “prisonnier d’opinion” et de le comparer à Guilad Shalit. Cela me fait penser à Maurice Papon, lors de son procès, se comparant à Oskar Schindler.

On a pu assister, là encore, à un exemple de ce que Freud a appelé la dénégation. Rappelons cet exemple proposé par Freud : « Je ne t’ai jamais emprunté ce chaudron, et d’ailleurs je te l’ai rendu, et puis, il était déjà percé au départ. » Cette phrase, par les contradictions qu’elle contient, prouve que celui qui la prononce a bel et bien emprunté le chaudron (sinon il ne dirait pas qu’il l’a rendu) et que c’est bien lui qui a fait le trou (si le chaudron avait été percé au départ, il ne l’aurait pas emprunté ; ou alors, il ne pourrait pas le savoir).

En l’occurrence, la dénégation m’a sauté aux yeux quand je suis tombé sur un articulet de Wikipedia consacré au voyou en question, et manifestement écrit par un idéologue gauchiste « pro-palestinien ». Le Grand-rabbin Ovadia Yossef, cible de la tentative d'assassinat, y était qualifié de “controversé rabbin”. On est censé comprendre que si ce rabbin est « controversé », cela atténue certainement la gravité du crime, ou peut-être même que cela l’excuse ! Or, depuis, l’articulet en question a été légèrement retouché : le mot « controversé » a disparu. On comprendra mieux, dans un instant, pourquoi.

Remarquons au passage que le terme “controversé” semble être venu compléter depuis peu la novlangue de nos idéologues en herbe : Avigdor Lieberman est qualifié de ministre “controversé”, Ovadia Yossef de rabbin “controversé”… Les rabbins “controversés”, il y en a eu apparemment un certain nombre dans l’Histoire, à commencer par un certain Yehoshoua ben Yossef, dit Jésus. Mais ici, l’emploi de ce terme et son retrait subit, dans un “article” tendant à faire croire que Hamouri serait innocent, constituent un cas particulièrement intéressant.

En effet, la dénégation dont je parle, de la part des « défenseurs » autoproclamés de Salah Hamouri, pourrait se résumer ainsi : « Hamouri n’a participé à aucune tentative d’assassinat, d’ailleurs son rôle dans ce projet était un rôle de second plan, et puis, le rabbin qu’il s’agissait d’assassiner était un personnage controversé. »

Autre phénomène analysé par Freud, la projection, qui consiste à voir chez autrui ce que l’on a en soi-même. Nous avons aussi dans cette affaire un bel exemple de projection freudienne : des communistes et autres adeptes du totalitarisme qui voient des “prisonniers d’opinion” dans une des démocraties les plus exemplaires du monde.
 

 


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En écrivant mon billet précédent, et plus précisément la seconde anecdote avec sa version revue et corrigée, j’ai inévitablement pensé à cette blague de « Radio-Erevan », bien connue en Union Soviétique à l’époque du totalitarisme communiste :


Un auditeur nous demande : est-il vrai qu’on a offert au camarade Chostakovitch, en récompense pour ses mérites, une automobile noire ?

Nous répondons : c’est exact. Sauf qu’elle n’était pas noire, mais grise ; et qu’il ne s’agissait pas d’une automobile, mais d’une bicyclette. Et enfin, si vous nous permettez, encore une petite précision, elle lui a été non pas offerte, mais volée.


On pourrait tirer de l’actualité de nombreuses variantes de cette blague. Ainsi, par exemple :


null Un auditeur nous demande : est-il vrai que le gouvernement israélien a décidé de construire neuf cents nouveaux logements dans la colonie de Gilo, à Jérusalem-Est ?

Nous répondons : c’est cela même. Sauf que c’est une décision non pas du gouvernement, mais de la commission de planification de la municipalité de Jérusalem ; que cette décision n’est pas de construire, mais seulement de donner le feu vert à l’étude d’un tel projet ; et que Gilo n’est pas une colonie, mais un quartier de Jérusalem. Et encore une petite précision : le quartier de Gilo n’est pas à l’est, mais au sud-ouest de la ville.

(voir article de J.M. Allafort, http://www.un-echo-israel.net/Gilo-un-quartier-devenu-une)

  


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Je dois les deux anecdotes qui suivent à Claude Abromont, avec qui j’ai étudié l’analyse musicale. La première lui avait été racontée par son professeur Max Deutsch, lui-même ancien élève du célèbre maître viennois.


Un jour, Arnold Schönberg, de mauvaise humeur, harangue ses élèves :

« Vous ne comprenez rien à ma musique ! »

Un silence pendant lequel personne, dans la salle de cours, n’ose broncher, puis :

« Vous n’avez rien compris ! »

Silence des élèves, toujours.

« Le troisième mouvement de ma suite est une fugue ! »

Silence de stupeur dans la salle.


La deuxième anecdote porte sur des faits dont Max Deutsch n’a sans doute pas été le témoin direct, et Claude Abromont non plus, d’où quelques distorsions qui ne la rendent que plus cocasse.

null Réfugié aux États-Unis, Schönberg, grâce à un ami désireux de l’aider à trouver une source de revenu, rencontre un des grands producteurs de la MGM. Il m’avait semblé comprendre qu’il s’agissait de Samuel Goldwyn lui-même, qui l’aurait accueilli par ces mots : « Ah, Monsieur Schönberg, j’aime la belle musique que vous écrivez ! » Schönberg, contrarié, aurait répliqué : « Je n’écris pas de la belle musique ! » L’entretien se serait terminé là, Schönberg tournant les talons aussi sec pour quitter la pièce sans un mot de plus et renonçant définitivement à composer pour Hollywood.

Cette façon de raconter l’histoire est savoureuse, mais je crois qu’il y a quelques inexactitudes. D’abord, l’ami en question était plutôt une amie, Salka Viertel. Ensuite, le producteur n’était pas Samuel Goldwyn, mais Irving Thalberg. En troisième lieu, il semble que ce soit Thalberg qui, ayant aimé La nuit transfigurée, ait demandé à rencontrer Schönberg. Thalberg voulait une musique pour le film The Good Earth, d’après Pearl Buck. Au moment où il lui explique « J’ai été si ému par votre belle musique ! », Schönberg l’interrompt : « Je n’écris pas de la belle musique ! » A noter aussi que Thalberg aurait dit non pas « beautiful », mais « lovely ». Enfin, l’entretien, en réalité, ne s’est pas terminé là (pour en savoir plus, on lira ce que rapportent Alex Ross, Otto Friedrich et X. Trapnel).




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null Il y a quelques années, alors que j’arpentais la rue de Courcelles, à Paris, à proximité immédiate du parc Monceau, j’ai vaguement aperçu sur le trottoir, presque sous mes pas, quelque chose que je ne pouvais pas identifier car il faisait déjà nuit.

C’était tout petit et gris verdâtre. Cela pouvait être aussi bien un étron qu’un animal immobile ou un caillou.

Écoutant mon intuition, j’ai ramassé l’objet, rassuré par sa dureté au toucher (ouf !) et par son immobilité... C’était une ammonite, de taille très modeste puisqu’elle tenait dans le creux de ma main.

Vous avez peut-être chez vous une ou plusieurs ammonites fossilisées, peut-être plus imposantes, peut-être plus belles, mais… vous ne les avez sûrement pas trouvées sur un trottoir de la rue de Courcelles !

null Autre petit trésor en ma possession, cet autographe de Claude Lévi-Strauss, sur un courrier à moi-même adressé par le maître. Je le ressors aujourd’hui en guise d’hommage à ce grand monsieur qui vient de nous tirer sa révérence, à moins d’un mois de son cent-unième anniversaire. Ce qui est émouvant dans cette signature, c’est qu’elle a été tracée par un homme de quatre-vingt-quinze ans.

Il y a quelques années, une amie qui habitait en Haute-Marne, à proximité de Lignerolles, m’avait prêté son exemplaire de « Tristes tropiques ». De mémoire, la dédicace que le grand homme y avait écrite à son attention, dans les années quatre-vingt-dix, commençait ainsi : « Ému, dans mon grand âge, de rencontrer de telles marques d’affection, j’en remercie Mme … [...] ». L’élégance et le style, encore et toujours.

 



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