Au cours d’une émission de radio (filmée), deux philosophes ont confronté leurs points de vue à propos de l’arrestation de Roman Polanski. J’ai regardé cette vidéo
qui circule sur Internet, et je me suis demandé pourquoi le dialogue entre ces deux hommes brillants et intelligents était aussi difficile. Il m’a semblé qu’ils avaient autant raison l’un que
l’autre. Avec une logique aussi implacable que la Marche au supplice de Berlioz, Yves Michaud a expliqué pourquoi Roman Polanski ne devait pas échapper à la justice américaine. Un Finkielkraut
visiblement ulcéré a dénoncé, avec non moins de raison quoique moins de rigueur, l’opprobre dont Polanski fait l’objet depuis qu’il a été
arrêté.
Dans cette affaire, je relève surtout deux problèmes : le fait que Roman Polanski soit arrêté aujourd’hui, bien qu’apparemment, aucun élément nouveau ne
soit venu s’ajouter à cette affaire vieille de plus de trente ans, et le déchaînement d’une foule de salauds qui réclament sa peau.
Jusqu’ici, comme bien d’autres, j’avais entendu parler de cette histoire de détournement de mineure, et cela ne m’empêchait pas, comme bien d’autres, d’admirer le
génie de Polanski, de regarder ses films, d’aller le voir sur scène dans sa magnifique adaptation au théâtre de « La métamorphose » de Kafka. Il faut dire que, comme bien d’autres,
j’imagine, je ne connaissais pas les détails sordides de l’histoire – et sordides, ils le sont.
Alain Finkielkraut a cependant raison de dénoncer un « lynchage », et il sait de quoi il parle. De même, il a raison, incontestablement, de faire remarquer
que le terme de « pédophile », avec cette connotation monstrueuse que l’affaire Dutroux est venue exacerber, ne va pas du tout à
Polanski.
Dans « Le locataire », j’avoue sans honte avoir adoré la scène du jardin du Luxembourg, quand Trelkowski (Polanski), croisant un petit garçon pleurnichard,
lui administre une bonne trempe en le traitant de « sale petit morveux ». Pédophile, certainement pas, quel que soit le sens que l’on donne à ce mot ; mais « pédophobe », plus
probablement !
Moi, ce que je reprocherais à Polanski, ce serait plutôt son mépris de la nature, tel que je le perçois dans « La jeune fille et la mort ». Attention, ce qui suit
dévoile une partie de l’intrigue. Dans ce film, Paulina Escobar (Sigourney Weaver), ayant reconnu son ancien tortionnaire en la personne de Roberto Miranda (Ben Kingsley), lui vole sa voiture,
une superbe Peugeot 505 flambant neuve – cela ne nous rajeunit pas – et s’en débarrasse en la jetant dans la mer. Parce que le monsieur lui a fait du mal, c’est la nature qui doit payer ?
Quel exemple pour la jeunesse !
Il y a aussi,
moins grave mais tout aussi horripilant de mon point de vue, dans le « Bal des vampires », la musique du bal délibérément insipide jusqu’au ridicule, confiée à un instrument unique
censé être un clavecin, je suppose (en réalité, une très mauvaise imitation électronique). C’est un contresens musicologique total, mais c’est surtout le signe évident du mépris dans lequel
Polanski, du moins à l’époque où il a réalisé ce film, tenait la musique baroque.
Trêve de digressions. Il y a ceux qui défendent Polanski et il y a ceux qui le condamnent. Je ne me reconnais généralement pas dans les premiers, qui trop souvent
défendent une caste, mais je me reconnais encore moins dans les derniers, parmi lesquels il y a trop de charognards. Je note que certains internautes réclament carrément la peine de mort pour
Polanski. Mais qui sont donc tous ces vampires assoiffés de sang ?
J’aime Finkielkraut et j’aime Polanski, parce qu’on les hait. Et point seulement pour
cela.
Enfin, dans le fait que Polanski soit arrêté en Suisse plutôt qu’ailleurs, et maintenant plutôt qu’il y a dix ans ou l’année prochaine, il y a quelque chose qui ne
va pas. Par exemple, il est clair qu’après s’être aplatis devant le dictateur libyen, les Suisses ont voulu redorer leur blason à bon compte. Il était certes moins dangereux,
mais cependant moins digne, de livrer Polanski aux Américains que de garder le fils Kadhafi sous les verrous.
Derniers Commentaires