Les menaçantes manifestations de rue contre Israël, les résolutions
anti-israéliennes rageuses de l’ONU, les appels obsessionnels au boycott d’Israël dans les universités occidentales, la succession incessante des gros titres condamnant Israël dans les médias du
monde entier font maintenant partie d’un train-train habituel auquel participent surtout les jeunes et les fanatiques. La plupart des citoyens y font à peine attention. Ils se préoccupent plutôt
de leurs emplois, de leurs prestations sociales, des frais de scolarité de leurs enfants – ou bien de l’ascension et de la disgrâce des stars dont la vie décadente les distrait de leurs propres
petites misères ordinaires.
Ce qui m’inquiète davantage, ce sont les spectacles qui influencent insidieusement et inexorablement l’opinion publique, les films qui présentent les dictateurs et les terroristes arabes sous des traits séduisants et qui diabolisent les soldats, les “colons” et les hommes politiques israéliens. Progressivement, de façon presque imperceptible, l’homme de la rue a ainsi fini par croire que le monde musulman est pacifique, accueillant et sûr, que ses aspects « rudes » s’expliquent par le fait qu’il s’agit de peuples ayant été opprimés par les Européens, que le terrorisme islamique a sans doute été provoqué par l’invasion de l’Afghanistan, de l’Irak et du Pakistan par les États-Unis, qu’une grande partie de tout cela est la faute d’Israël – ou plus exactement, que la plupart de ces problèmes pourraient être résolus aujourd’hui si seulement l’Amérique sacrifiait Israël au nom de la paix mondiale et de sa propre survie.
Prenons le
fameux magazine National Geographic, qui fait la promotion de la protection de la planète et qui revendique près de huit millions de
lecteurs. Par suite d’un abonnement cadeau, je le reçois régulièrement. Parfois je l’ouvre, souvent je ne l’ouvre pas. Tant de belles photos brillantes, si peu de temps. Mais le
dernier numéro a attiré tout de suite mon attention, à cause du titre en couverture « L’Exode chrétien de la Terre Sainte ». Par exemple, me suis-je dit, ce magazine ami des animaux a
« compris un truc » ! Un espoir s’éveillant en moi, je suis allée lire l’article intitulé « Les fidèles oubliés : les chrétiens arabes. »
Voici ce que dit cet article : pour l’essentiel, il rend les croisés, les chrétiens américains et Israël (!) responsables de la persécution et de la disparition des chrétiens arabes au Proche-Orient. Je n’aurais pas pu l’inventer. Les mensonges, les omissions, le parti-pris, tantôt insidieux tantôt manifestes, y sont stupéfiants. Par exemple, cet article, rédigé par Don Belt, n’explique pas pourquoi il y a eu des croisades – à savoir, pour empêcher que les Arabes chrétiens soient assassinés ou convertis de force par les musulmans. Toujours est-il que selon Belt, « l’ironie est que c’est pendant les croisades (1095-1291) que les chrétiens arabes, assassinés par les croisés en même temps que les musulmans et pris entre les tirs croisés de l’Islam et de l’Occident chrétien, ont commencé ce long et progressif déclin vers le statut de minorité. »
Là, il y a quelque chose qui ne va pas. Comment Belt en arrive-t-il à occulter la conquête arabo-musulmane d’un Orient chrétien et juif ? Selon l’éminente spécialiste Bat Ye’or, par exemple (citée par Andrew Bostom dans son excellent ouvrage The Legacy of Jihad),
« Abou
Bakr entreprit l’invasion de la Syrie (Syro-Palestine) que Mohammed avait déjà envisagée […] la région de Gaza tout entière, jusqu’à Césarée, fut mise à sac et dévastée durant la campagne de 634.
Quatre mille paysans juifs, chrétiens et samaritains qui tentaient de défendre leurs terres furent massacrés. Les villages du Néguev furent pillés par Amr B. al As […] dans son sermon de Noël de
l’an 634, le patriarche de Jérusalem, Sophronius, se plaignit de l’impossibilité de se rendre en pèlerinage à Bethlehem […] Sophronius, dans son sermon du jour de l’Épiphanie de l’an 636, déplora
la destruction des églises et des monastères, le pillage des villes, les champs dévastés […] des milliers de gens périrent en 639, victimes de la famine provoquée par ces destructions. Selon le
chroniqueur musulman Baladhuri (m. en 892 ap. J-C), 40 000 Juifs vivaient dans la seule ville de Césarée au temps de la conquête arabe, après laquelle toute trace d’eux fut
perdue. »
Se fondant sur des sources savantes, Bostom raconte de façon méthodique et exhaustive le pillage systématique, par les musulmans arabes, de l’ensemble du Proche-Orient accompagné de l’asservissement et de l’assassinat des chrétiens et des Juifs. Ce que Don Belt oublie de mentionner, même de façon subsidiaire, c’est que la persécution des chrétiens par les musulmans arabes pendant plus de quatre siècles est précisément ce qui a entraîné les croisades.
Certes, certains califes se montrèrent parfois cléments envers leurs populations dhimmies ; un gouverneur égyptien accorda l’asile au grand savant et philosophe
juif Maïmonide, lequel n’en fuyait pas moins les musulmans d’Espagne. Maïmonide devint son médecin particulier. Le Sultan turc accorda l’asile à Donna Gracia HaNasi, cette femme
fabuleusement riche qui fuyait les persécutions perpétrées par les catholiques en Espagne et au Portugal. Mais pour l’essentiel, les Juifs menèrent une existence extrêmement misérable et précaire
et ils furent régulièrement assassinés, emprisonnés et rançonnés ou exilés et virent leurs biens confisqués. La plus grande histoire de réfugiés du Proche-Orient, jamais racontée à ce jour, est
celle des Juifs des pays arabes fuyant les persécutions dont ils étaient victimes de la part des musulmans.
Aujourd’hui même [le 18 mai 2009], M. Naguib Gibraeel, président de l’Union égyptienne de l’Organisation des droits de
l’Homme (EUHRO), a écrit à la première dame d’Egypte pour exiger une intervention d’urgence « afin de sauver les chrétiens d’Egypte de l’islamisation
forcée ».
Mais continuons. Après avoir
reproché aux croisés (!) d’avoir assassiné les Arabes chrétiens par mégarde, Belt poursuit en accusant l’Israël actuel (!) de persécuter les chrétiens. Sans jamais mentionner le fait que les
terroristes palestiniens aient pris l’habitude de transformer les églises les plus sacrées en W.C., d’y entreposer des armes et d’y séquestrer des otages, Belt cite un chrétien arabe de Bethléem
attribuant la responsabilité de ses malheurs au « mur géant [israélien] » et à une bureaucratie israélienne lui interdisant de vivre avec sa femme, citoyenne israélienne, à
Jérusalem.
Cela ressemble à l’apartheid en Afrique du Sud, non ? Ce qui est totalement occulté, c’est l’épouvantable réalité du terrorisme et des fabriques de propagande et d’incitation à la haine qui
existent dans les villes et les villages de toute la Judée-Samarie – des villes et des villages qui sont entièrement « judenrein ». Les Juifs ne peuvent pas s’y rendre alors même
qu’ils y ont des lieux saints et les chrétiens ne peuvent plus se rendre sans risque sur les leurs, ces lieux de culte étant sous domination musulmane. Ce n’est donc que pour des raisons de
sécurité que les autorités israéliennes, si décriées, imposent des restrictions aux voyageurs. Ces restrictions n’ont rien à voir avec la couleur de peau ni avec la religion. Le gouvernement
israélien a d’ailleurs laissé au Waqf islamique le contrôle total du Mont du Temple et du Dôme du Rocher à Jérusalem. Aucun gouvernement arabe ni palestinien n’a jamais laissé aux chrétiens ni
aux juifs le contrôle total des lieux saints chrétiens et juifs. Au contraire, ils ont pillé et détruit ces lieux, ils ont parfois construit des mosquées par-dessus, ils ont interdit aux
chrétiens et aux juifs de prier dans les ruines et dans les bâtiments laissés intacts, ou leur ont parfois permis d’y prier mais à leurs risques et périls.
Les autorités israéliennes
privent-elles d’eau, réellement, un quartier arabe chrétien ? D’après mes sources, il n’existe même pas de quartier arabe chrétien à Jérusalem et l’eau n’y est jamais coupée pour être
redirigée vers « les implantations » : qu’est-ce donc que cet appel au meurtre auquel Belt se livre ? Bien sûr, selon l’informateur de Belt, ces barbares d’Israéliens
couperaient l’eau exprès le dimanche de Pâques dans un secteur non précisé afin que « Marc » (ce n’est pas son vrai nom, mais l’information qu’il donne n’est pas davantage vraie) ne
puisse pas laver sa voiture avant d’emmener sa famille à l’église.
Après les croisés et les Israéliens, le troisième groupe que Belt rend
responsable de la disparition des chrétiens arabes de la Terre Sainte, ce sont… les chrétiens américains ! Belt cite Razek Siriani, qui travaille pour le Conseil des Églises du Moyen-Orient
à Alep, en Syrie. Voici ce que déclare Siriani, (sous la contrainte, pourrais-je ajouter) :
« Nous sommes complètement dépassés et submergés de protestations », déclare-t-il. « Les chrétiens occidentaux ont aggravé la situation », affirme-t-il, se faisant l’écho
d’un sentiment exprimé par un bon nombre de chrétiens arabes. « C’est à cause de ce que les chrétiens en Occident, menés par les Etats-Unis, font en Orient », ajoute-t-il, dénonçant les
guerres en Irak et en Afghanistan, le soutien américain à Israël et les menaces de « changement de régime » de l’administration Bush. « Pour beaucoup de musulmans, et surtout pour
les fanatiques, cela ressemble à une répétition des croisades partout, à une guerre contre l’islam menée par la chrétienté. Du fait que nous sommes chrétiens, ils nous voient aussi comme leur
ennemi. Nous sommes coupables par association. »
Apparemment, aussi bien Don Belt
que Razek Siriani semblent totalement ignorer que dans ces régions, le djihad, le génocide et l’apartheid religieux ont toujours été la spécialité de l’islam et la marque d’un impérialisme
musulman caractérisé par l’esclavage, le vol et le pillage.
Belt trouve donc le moyen de condamner les croisés, puis les Israéliens, puis les chrétiens américains qui sont pro-israéliens et qui, de façon bien compréhensible, seraient considérés par les
musulmans, gens tout à fait pacifiques et amicaux, comme les nouveaux croisés. Belt va plus loin. Il rend les chrétiens libanais, qui se sont défendus contre les gangsters et terroristes
palestiniens, responsables de la recrudescence des attitudes antichrétiennes dans le monde musulman. Il présente les chrétiens libanais comme de dangereux hommes en armes, or on ne voit aucune
photo des hommes du Hezbollah et de l’OLP, bien mieux armés encore et ô combien plus dangereux, qui ont terrorisé le Liban et qui l’ont occupé.
Belt va plus loin encore : il nous montre une foule de fidèles chrétiens rassemblés le dimanche de Pâques à Jérusalem, à l’Église de Toutes les Nations, près du jardin de Gethsémani, en
train de piétiner quasiment Nadia, une mère chrétienne arabe israélienne (la femme de ‘Marc’) et son bébé dans sa poussette, comme des barbares. Ces pèlerins étrangers (venus d’Europe, des
États-Unis, d’Amérique du Sud et d’Afrique) n’ont tout simplement pas vu qu’il y avait un bébé dans une poussette et ils se sont mis à se pousser avec acharnement vers ce qu’ils croyaient être un
espace laissé vacant. Quand Nadia a tenté de se sortir de là, ces mêmes affreux chrétiens « n’ont pas su réagir en voyant cette frêle femme arabe se diriger dans la mauvaise direction
[…] » Nadia s’exclame : « Vous voyez comment c’est ? […] c’est chez nous. Et c’est comme si nous n’existions même pas. »
Est-ce que ni Belt ni Nadia n’ont
jamais entendu parler de la façon dont les pèlerins musulmans piétinent à mort leurs semblables quand ils tournent autour de la Kaaba, à la Mecque ? Pourquoi ce quasi piétinement
impliquerait-il un complot chrétien ou israélien ?
Quels sont les seuls à ne pas être « accusés » ni rendus responsables, ou si peu, de la persécution des chrétiens hier et aujourd’hui, une persécution ayant provoqué une diminution
considérable du nombre de chrétiens au Moyen-Orient ?
Les musulmans, bien sûr, qui selon Belt auraient toujours vécu en paix avec les chrétiens et les juifs au Moyen-Orient. Belt nous montre même des scènes touchantes de musulmans priant sur des
lieux de pèlerinage chrétiens pour que se produisent des miracles. En Syrie, Belt cite une mère, Miriam, dont la famille « était chrétienne » (on se demande pourquoi ils se sont
convertis) et qui, aujourd’hui, déclare : « Je crois en les prophètes : musulmans, juifs et chrétiens. Je crois en Marie, je suis venue ici pour que mon fils guérisse. » Belt
présente les conversions forcées à l’islam comme des choix anodins et libres, pour des raisons en partie économiques et souvent « pour avoir un lien plus personnel avec Dieu » par
opposition à un lien possible uniquement via une médiation en raison des « hiérarchies oppressives de l’Église byzantine. »
Le magazine National Geographic serait-il passé sous la dépendance juridique ou financière de l’Arabie saoudite ou de l’Iran ? Je me pose cette question parce que, de façon
frappante, sa ligne politique en ce qui concerne le Moyen-Orient semble similaire à celle de ces deux régimes.
Alors, vais-je adresser un courrier de protestation à National Geographic ? Non, car CAMERA (Committee for Accuracy in Middle East Reporting in America) s’en charge depuis 1996. Je
ne le savais pas, mais ayant lu l’article de Belt, j’ai commencé à rechercher les articles que National Geographic avait déjà publiés sur le Moyen-Orient. J’ai ainsi appris que CAMERA
avait analysé les partis-pris de ce magazine et avait déjà demandé à ses responsables de reconnaître que leurs travaux étaient incorrects, faux, très tendancieux et carrément bourrés de
mensonges. CAMERA leur a indiqué les articles et les passages en question, et à chaque fois, ils ont maintenu leur version des faits et ont refusé d’y apporter le moindre changement, de se
remettre un tant soit peu en question, de s’excuser et d’écrire des articles ne comportant pas un parti-pris anti-israélien flagrant.
Toutefois, j’espère que mes lecteurs, avant de renoncer à leur abonnement, écriront au magazine pour protester contre ces appels au meurtre et contre cet article incroyablement anti-américain,
antichrétien et anti-israélien de Belt.
Un courrier peut être envoyé à l’adresse suivante :
Chris Johns, Editor in Chief
National Geographic
711 5th Ave.
New York, NY 10022, États-Unis
ngsforum@ngm.com
Phyllis Chesler est professeur émérite en Psychologie, en Etudes Féminines et en Psychothérapie à la City University of New York, expert près les tribunaux et auteur d'une
douzaine d'ouvrages dont le best-seller mondial Les femmes et la folie (Payot, 1975, rééd. 2006) et Le nouvel
antisémitisme (Eska, 2005).
Avec l'aimable autorisation de l'auteur
© 2009 - Phyllis Chesler
© 2009 - Marcoroz pour la traduction
J’aimerais bien changer de sujet de temps en temps, histoire de ne pas centrer mon
blog sur Israël. Mais comment parler d’autre chose que d’Israël, devant le déferlement de haine antisémite auquel on assiste aujourd’hui dans le monde et devant un tel déluge de
calomnies et de mensonges proférés à l’encontre du pays des Juifs, de son gouvernement et de sa population ?
Comment parler d’autre chose que d’Israël, quand on
sait que l’AFP maintient davantage d’envoyés permanents en Israël et en Judée-Samarie que sur l’ensemble du continent africain ?
Les journalistes de Radio-France
International, chaque fois qu’ils sont en panne de sujet d’actualité brûlante à traiter, décident de parler... d’Israël !
Comment pourrais-je parler d’autre chose que
d’Israël, alors que, partout dans la presse, un Juif qui estime avoir le droit de vivre là où il le désire, par exemple en Judée (de ce nom vient le mot juif) est systématiquement
présenté comme un « extrémiste » ou comme un « fanatique » tandis qu’un terroriste arabe qui nie toute légitimité pour les Juifs à vivre souverains sur la terre de leurs
ancêtres est qualifié de « modéré » ?
Comment pourrais-je parler d’autre chose que d’Israël,
quand ce sont invariablement les titres des articles concernant Israël qui me font bondir, et pour de bonnes raisons ?
Comment pourrais-je parler d’autre chose que d’Israël,
quand le Figaro, pour expliquer que la « papamobile » est incompatible avec les mesures nécessaires à la sécurité du pape durant sa visite
à Nazareth, intitule son article « Israël refuse à Benoît XVI la ‘papamobile’ » ?
Les journalistes du Figaro estiment-ils, en leur âme
et conscience, que les autorités israéliennes ne devraient pas se soucier autant de la sécurité de ce visiteur de marque ?
Comment parler d’autre chose que d’Israël,
quand Europe n°1 lance un véritable appel au meurtre contre les Juifs en faisant pleurer dans les chaumières sur des « Palestiniens » prétendument blessés par des
bombes au phosphore et en comparant cela à la Shoah ?
Comment parler d’autre chose que d’Israël, quand le nouveau ministre israélien des Affaires Étrangères est qualifié par la presse de ministre « controversé », comme s’il n’était pas
devenu ministre selon un processus politique et démocratique tout à fait normal ?
Comment parler d’autre chose que d’Israël, quand le Nouvel Observateur, pour annoncer que M. Lieberman se déclare prêt à
négocier avec la Syrie, le qualifie d’extrémiste et publie un article sous le titre « Israël s’oppose… » ?
Qu’a-t-il dit, M. Lieberman ? « Je serais
ravi de négocier avec la Syrie, ce soir même, mais sans pré-conditions. (…) Ils disent, revenez d’abord aux lignes de 1967 et renoncez au Golan. Si nous acceptions, que resterait-il à
négocier ? » C’est cela, être extrémiste ?
Qui pourrait me citer une seule déclaration d’un officiel syrien, depuis soixante ans, qui supporterait favorablement la comparaison ? La presse française a-t-elle déjà fait état d’un président-à-vie ou d’un ministre syrien
déclarant publiquement qu’il était favorable à des négociations avec les Israéliens ? Et dans le cas contraire, quand a-t-elle qualifié les dirigeants syriens d’extrémistes ?
« Israël s’oppose », « Israël refuse », « Lieberman extrémiste »... On se souvient aussi de « Begin intransigeant »... pour ne pas parler d’Ariel
Sharon. Ce festival de calomnies ne se terminera donc jamais ?
Comment parler d’autre chose que d’Israël, quand toute la presse ne cesse de réserver à Israël, à Israël seul, un traitement spécial ?
J’avais déjà constaté que l’ignominie du « Point » n’avait d’égale que celle des hebdomadaires concurrents. Pourtant, en voyant la couverture de l’édition du 12 février dernier, j’ai eu un choc.
Par la suite, j’ai quelque peu relativisé. Les politiques et l’argent, voilà un sujet banal, une question légitime. Un montage photo
réunissant deux personnages connus, et quelques silhouettes non identifiables à l’arrière-plan ? Jusqu’ici, rien de vraiment étrange. Sauf que cela me fait penser à la publicité de quelque
intrigue angoissante sur fond de complot, l’affiche de L’imprécateur par exemple. Et pourquoi le noir et blanc ? Si j’en juge par les couvertures des numéros précédents, ce n’est
pas l’habitude de la maison. Le choix de ces deux personnalités, parmi la quinzaine de personnes impliquées dans des affaires d’argent selon l’article ? La posture de l’un ?
L’expression de l’autre ? Qu’est-ce qui a bien pu me sauter aux yeux, à
votre avis ?
Qu’est-il raisonnable d’en penser ? Dois-je mettre ma réaction première sur le compte de ma propre subjectivité ? Serais-je paranoïaque ?
Chers lecteurs de mon blog, je vous en fais juges. J’attends vos commentaires !
Le fait est que j’ai bondi d’indignation en découvrant cette « une » (en tant que blogueur, je fonctionne généralement à l’indignation, c’est mon meilleur carburant). J’ai cru
y déceler un message subliminal.
Je n’ai pas pris le temps d’étudier suffisamment le contenu de ce numéro pour identifier des éléments à l’appui de cette idée, mais j’ai pu vérifier que l’ignominie journalistique était
bien présente, une fois de plus, à l’intérieur de l’hebdomadaire : l’ignominie habituelle des journalistes, inutile d’en dire davantage.
Allez, un exemple quand même. Un dénommé Patrick Besson, dans les toutes premières pages, ironisant sur la propension qu’aurait selon lui M. Bernard Kouchner à donner des conseils à droite
et à gauche, s’autorise de ce thème pour distribuer, à son tour, des conseils fantaisistes à une liste de personnalités, en terminant par Bernard Madoff, Tsippi Livni, Pierre Arditi et Marc Lévy.
Cherchez le point commun entre ces personnes, et dites-moi qu’il s’agit d’une pure coïncidence et que je suis paranoïaque. Tout rapport avec la photo de couverture est sans doute aussi
fortuit, n’est-ce pas ?
Un donneur de leçons qui joue au donneur de leçons, le résultat ne peut qu’être lamentable. Cela donne par exemple ceci, à l’attention de Mme Livni : « Ne vous mettez pas
seins nus sur la plage de Gaza, le soleil de Palestine peut être meurtrier, même en cette saison. » C’est vraiment de très bon goût. Je ne serais pas surpris que messieurs Dieudonné, Le
Pen et Faurisson aient trouvé cela amusant. Au passage, on notera aussi l’ignorance crasse du triste sire, en histoire comme en géographie : s’il avait consulté une carte de la région ne
serait-ce qu’une seule fois dans sa vie, il aurait su que le soleil est le même à Beersheba et à Ashkelon qu’à Gaza. S’il était moins ignare et moins bête, il ne pourrait pas ignorer que le
pays de Mme Livni fait partie de ce que les Occidentaux, depuis l’époque des Romains, appellent la Palestine (il est vrai qu’Israël ne représente que 20 % de la Palestine du mandat
britannique...).
Et ça écrit dans un journal. Et ça se croit spirituel.
Pauvre type.
Voici le début de ce que l’on pourrait appeler un anti-lexique : quelques expressions non pas dévoyées mais carrément absurdes, dans la mesure où l’on serait bien en peine de leur trouver
une définition cohérente. Leur emploi courant dans les médias n’est qu’un signe parmi d’autres de la dépravation généralisée de la profession journalistique.
Territoires occupés :
Ce terme n’a aucun sens. Tout État occupe des territoires, ne serait-ce que celui par lequel il se définit. Ainsi, par exemple,
l’Espagne occupe un territoire qui constitue la majeure partie de la péninsule ibérique.
Certains États occupent aussi des territoires qu’ils ont conquis dans des conditions diverses et prêtant parfois à controverse, comme par exemple la Chine qui occupe le Tibet depuis qu’elle l’a
envahi par les moyens les plus violents et les moins légitimes.
Un territoire inoccupé, ce serait un territoire vide de toute implantation humaine et sur lequel aucune entité politique n’exercerait la moindre forme de souveraineté. Même le Bois de
Vincennes est donc un territoire occupé.
Cependant, depuis un temps que les moins de vingt ans, et même de quarante ans, ne peuvent pas connaître, l’expression « territoires occupés » n’est jamais employée qu’à propos
d’Israël. L’exception sémantique se décline à la fois au plan géographique et au plan historique : quand ces mêmes « territoires » étaient sous domination jordanienne, ce
n’était apparemment pas une occupation. Dans la vulgate journalistique française, un territoire est donc « occupé » quand c’est Israël qui l’occupe.
Plus fort encore, un territoire continue d’être considéré comme occupé par Israël et désigné de cette manière même après qu’Israël s’en est retiré et en a abandonné toute
souveraineté.
Israël est surtout un pays pour lequel il est habituel, surtout dans la presse européenne, d’utiliser
systématiquement deux poids et deux mesures. Toute ressemblance avec une attitude généralement adoptée envers les Juifs dans l’histoire des deux derniers millénaires est sans doute une pure
coïncidence.
Ultra-orthodoxe :
Être orthodoxe, c’est se conformer scrupuleusement à toutes les règles. Par conséquent, soit on est orthodoxe, soit on ne l’est pas. Le terme « ultra-orthodoxe » n’a donc, lui non plus,
aucun sens. Ce n’est qu’une astuce journalistique de plus pour abuser le public.
Il est intéressant de remarquer que cette expression aussi est réservée aux Juifs. Les chrétiens orthodoxes, eux, ne sont jamais qualifiés d’ « ultras »... même quand ils ont
l’habitude de se taper dessus jusqu’à s’entre-tuer à l’intérieur même d’un de leurs lieux de culte, sous prétexte que quelqu’un a déplacé une chaise ou a laissé une trace
de pas sur un tapis.
À propos de l’épouvantable tuerie de Bombay, certains journalistes français ont eu l’indécence de désigner le rabbin Holtzberg et sa femme, sauvagement torturés puis assassinés parce qu’ils
étaient juifs, comme des membres d’une « secte ultra-orthodoxe », sous prétexte qu’ils appartenaient au mouvement Habad. Le centre communautaire juif qu’ils dirigeaient -
une cible spécifiquement juive, à laquelle les envoyés de « la religion de paix » avaient consacré pas moins de 20 % de leurs efforts meurtriers - a été soigneusement passé
par le même prisme déformant, histoire de suggérer aux lecteurs qu’il s’agissait surtout du repaire d’une sombre organisation peu digne d’inspirer l’émoi.
En réalité, le mouvement Habad, aussi appelé Loubavitch, est une branche parmi d’autres du courant hassidique qui, depuis son apparition il y a plus de deux siècles et
demi, n’a jamais cessé de faire partie du judaïsme. Ce n’est donc pas une secte. Mais tout est bon pour salir l’image des Juifs et pour rehausser celle de leurs bourreaux.
Ultra-gauche :
Avant, en France, il y avait la gauche et l’extrême gauche. Voilà que nos journalistes viennent d’inventer l’ultra-gauche. L’extrême gauche a toujours fait partie de la gauche, elle en est
même constitutive par nature, par contraste avec l’extrême droite qui, au moins depuis la Quatrième république, est nettement séparée de ce que l’on appelle aujourd’hui la droite et n’a
finalement de droite que le nom. L’ultra-gauche, ce n’est même pas un concept : c’est simplement la même maison qui change de raison sociale.
Pour finir, on notera aussi l’apparition très récente, du côté de « l’ultra-gauche », du terme « ultra-sioniste » (avec ou sans séparateur).
Qui a cru que je terminerais ce troisième exemple sans établir également un lien avec les Juifs ? ![]()
Si j’en juge par la façon dont ce néologisme est employé, un « ultra-sioniste », c’est tout simplement un « sioniste » qui se revendique comme tel : c’est moi,
par exemple.
POUR SION JE NE ME TAIRAI PAS !
POUR JÉRUSALEM JE NE RESTERAI PAS SILENCIEUX ! (Isaïe 62:1)